L'Interview : Bernard Arnault - Stupefiant !

Stupefiant! (France 2 / Lea Salame) · December 2016 · avg confidence 0.59
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  1. [00:09:25] Léa Salamé (0.18) — Tu savais que ça s'avait dit à Marbet ?
  2. [00:12:32] Léa Salamé (0.23) — On fait la queue ou on grille la queue ?
  3. [00:13:45] Léa Salamé (0.25) — Il est où le Monet que vous avez acheté ?
  4. [00:09:26] Bernard Arnault (0.26) — Oui, c'est Bernard dans l'autre sens.
  5. [00:04:18] Léa Salamé (0.28) — C'est à vous ?
  6. [00:16:39] Bernard Arnault (0.30) — L'Atelier rose, oui, qui est aussi une œuvre exceptionnelle.
  7. [00:05:19] Léa Salamé (0.31) — On va dans votre bureau ? On a le droit ? On a le droit de rentrer ou pas ?
  8. [00:10:37] Léa Salamé (0.31) — C'est-à-dire, les Catherinettes, c'est des célibataires ?
  9. [00:09:22] Bernard Arnault (0.31) — En disant quelque chose comme... — Oui, il a parlé de moi dans une chanson.
  10. [00:06:29] Léa Salamé (0.31) — Donc... Vous n'avez pas le temps d'aller au cinéma.
  11. [00:09:04] Léa Salamé (0.33) — Et Kim Kardashian ?
  12. [00:06:38] Léa Salamé (0.33) — Vous allez vous faire taper sur les doigts, encore, avec cette référence sur le golf.
  13. [00:09:04] Bernard Arnault (0.34) — J'adore Kanye West.
  14. [00:04:06] Bernard Arnault (0.34) — J'en ai un, là-bas.
  15. [00:08:26] Bernard Arnault (0.35) — Kanye West, oui, oui. Ça, c'était une version un peu jazz.
  16. [00:12:02] Bernard Arnault (0.36) — Moi, je suis très content de vous avoir vu. Merci beaucoup. Merci.
  17. [00:07:06] Léa Salamé (0.37) — Et vous jouez du piano ?
  18. [00:03:55] Voiceover (0.39) — Bon, et donc pour...
  19. [00:14:21] Bernard Arnault (0.39) — Ça, c'est une version magnifique. Vous voyez les détails ?
  20. [00:20:40] Bernard Arnault (0.40) — Moi, je vais me mettre à faire des tableaux, si jamais.
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Léa SalaméVoiceoverFrançois HollandeArchival footageBernard Arnault
Léa Salamé00:00:00
À présent, c'est l'une des plus belles expositions du moment. Elle est visible à Paris. Il s'agit de la collection Chtchoukine. C'est à la Fondation Louis Vuitton, chez le milliardaire Bernard Arnault, que ça se passe. Et du coup, on pose cette question : quand l'État est à sec, est-ce que ce sont les milliardaires qui vont sauver le monde de l'art ? On avait envie d'en parler avec Bernard Arnault. Il a accepté notre invitation. Une rencontre exclusive.
Voiceover00:00:27
Il y a deux ans, Bernard Arnault pose son vaisseau spatial aux portes de Paris. Une gigantesque fondation dessinée par l'Américain Frank Gehry. Pour l'inauguration, le patron de LVMH déploie un parterre de stars de la mode, de l'art et de la politique. Quelques mois après une énorme polémique sur sa demande de naturalisation en Belgique, le milliardaire a cette fois les honneurs de la République.
François Hollande00:00:51
C'est plus qu'un fantastique musée. C'est un morceau d'humanité qui montre, qui montre à tous que le rêve peut, à force de génie et de volonté, devenir réalité.
Voiceover00:01:07
Entre Bernard Arnault et l'art, une histoire qui ne semblait pas écrite d'avance. Sur ces images, le jeune homme a son destin tout tracé : reprendre l'entreprise familiale de BTP et la faire prospérer. Mais en 81, après l'arrivée de la gauche au pouvoir, il quitte la France, direction New York. C'est là qu'il découvre Basquiat, Warhol, l'art contemporain et les ventes aux enchères. Trois ans plus tard, retour en France.
Archival footage00:01:30
Bernard Arnault, c'est ce jeune homme bien sous tous rapports que toutes les belles-mères aimeraient bien accueillir dans leur famille.
Voiceover00:01:36
Il s'empare peu à peu de ce qui va de venir LVMH, en fait le géant mondial du luxe, mais en parallèle, il enrichit sa collection d'art. Et en fait même une stratégie en mixant parfois stars de la mode et artistes, comme ici Marc Jacobs et Takashi Murakami. Avec sa fondation, nouvelle étape, le voici à la tête de l'un des plus grands musées privés du monde. Avant la visite guidée, nous le retrouvons d'abord dans son bureau.
Léa Salamé00:02:02
Bonjour, Bernard Arnault. - Bonjour. - Merci de nous recevoir chez vous. On est au siège de LVMH, avenue Montaigne. C'est là où vous travaillez depuis 15 ans, vous avez le même bureau.
Bernard Arnault00:02:10
C'est là où je travaille, oui, tous les jours quand je suis à Paris. Je présente ici quelques œuvres de la collection de la fondation.
Léa Salamé00:02:18
Alors, la première fois qu'on s'est rencontrés, on s'est rencontrés à la Galerie Perrotin, par hasard. C'était une rencontre totalement impromptue, il y a quelques semaines. Je vous ai coincé. Je vous ai coincé, je vous ai dit : « J'aimerais bien vous interviewer, vous ne parlez quasiment jamais. » Vous m'avez dit : « Oui, peut-être », et vous avez tenu votre promesse. Comment ça se fait ?
Bernard Arnault00:02:37
Parce que vous m'avez dit : « On va parler d'art. »
Léa Salamé00:02:40
C'est-à-dire que vous n'aimez parler que quand il s'agit d'art, c'est ça ?
Bernard Arnault00:02:44
C'est-à-dire que là, je parle de sujets qui me passionnent sans avoir le risque d'obtenir des critiques. Parce que vous savez, en France, dès que quelque chose réussit, il y a des critiques dans tous les sens. Et mon objet n'est pas de répondre aux critiques.
Léa Salamé00:03:02
Vous en avez marre d'être critiqué ?
Bernard Arnault00:03:05
Je ne suis pas toujours critiqué, mais je pense que c'est le lot des hommes d'affaires français d'incarner quelquefois, de manière totalement injustifiée, des critiques d'ambiance, puisque la mentalité, vous l'avez vu depuis quelques années, est un peu anti-entreprise. Et quand, en plus, une entreprise réussit, qu'elle se développe mondialement et qu'elle embauche du personnel en France, ça, c'est pas normal. C'est contraire à la logique ambiante de l'esprit, comment dirais-je, socialo-marxiste qui prédomine. — L'esprit social-marxiste ? — Oui, mais je ne parle pas de vous. — Non, non, mais la France est marquée... — Dans l'opinion publique d'un certain nombre de commentateurs, il y a cette connotation, donc on est critiqué.
Voiceover00:03:55⚠ 0.39
Bon, et donc pour...
Bernard Arnault00:03:57⚠ 0.47
En tout cas, là, on va parler... Voilà ce que j'allais dire.
Léa Salamé00:04:00
On va revenir à la conversation sur l'art, si vous le voulez bien. Il y a un artiste que vous aimez, c'est Basquiat. Et vous en avez un...
Bernard Arnault00:04:06⚠ 0.34
J'en ai un, là-bas.
Léa Salamé00:04:07
Mais quand je dis que vous en avez un, c'est vous, Bernard Arnault. Il vous appartient à vous, le Basquiat ? Il appartient à la Fondation ? Il appartient à l'entreprise LVMH ? Il appartient à qui, ce Basquiat ?
Bernard Arnault00:04:17⚠ 0.44
Celui-là m'appartient.
Léa Salamé00:04:18⚠ 0.28
C'est à vous ?
Bernard Arnault00:04:19
— C'est votre collection privée ? — Oui, oui, oui. Quand j'ai commencé à m'intéresser à l'art, dans les années 80... J'ai eu la chance aux États-Unis d'être en contact et de voir des expositions.
Léa Salamé00:04:31⚠ 0.42
— De Basquiat ? — Et Basquiat.
Bernard Arnault00:04:34
Et Basquiat. Et c'était encore possible. Il y avait des artistes encore à cette époque-là qui n'étaient pas très connus, qui étaient très critiqués et qui, donc, ne valaient pas grand-chose. Et j'ai eu la chance d'en acheter pas mal. Voilà. Ce qui fait qu'aujourd'hui, je pense que j'ai une... une belle collection de Basquiat, acquis dans des conditions tout à fait intéressantes dans ces années-là.
Léa Salamé00:04:59
Celui-là, par exemple, il coûtait combien à l'époque dans les années 80 ?
Bernard Arnault00:05:01⚠ 0.44
Ça, je ne me rappelle plus.
Léa Salamé00:05:02
Mais quand vous dites que c'est accessible, c'est quoi ? Parce qu'aujourd'hui, ça vaut des millions.
Bernard Arnault00:05:09
Ça vaut des millions, mais à l'époque. Non, mais à l'époque, ça valait, je dirais, entre 10 et 20 000 dollars. Ça n'avait absolument rien à voir.
Léa Salamé00:05:19⚠ 0.31
On va dans votre bureau ? On a le droit ? On a le droit de rentrer ou pas ?
Bernard Arnault00:05:22
Écoutez... Vous nous laissez rentrer ? Je vous invite. On a deux œuvres de Giacometti, qui avaient fait partie de l'exposition qu'on a faite à la Fondation. On a une œuvre de Mondrian, qui m'appartient. Et on a ici une œuvre de Klein, de Yves Klein.
Léa Salamé00:05:43
Vous avez cinq enfants, les cinq aiment l'art contemporain ?
Bernard Arnault00:05:46
Les cinq aiment l'art contemporain, oui, oui. Peut-être parce que c'est vos enfants aussi.
Léa Salamé00:05:49
Oui, peut-être parce que je les ai emmenés voir les expositions, etc. Ceux qui n'ont pas la chance d'avoir comme père Bernard Arnault et de grandir entre un Mondrian et un Giacometti, comment on peut venir à l'art contemporain ?
Bernard Arnault00:06:03
Je pense que les médias aujourd'hui parlent énormément des artistes contemporains. Vous avez beaucoup d'expositions. Alors, vous avez des gens qui sont imperméables à l'art, que ce soit l'art contemporain, la musique. Non, Victor Hugo n'aimait pas la musique. Bon, ça peut arriver.
Léa Salamé00:06:18
Vous êtes imperméable au cinéma ?
Bernard Arnault00:06:20
C'est pas vrai. C'est ce que vous avez dit.
Léa Salamé00:06:22
Vous avez dit : « De tous les arts, c'est celui qui me touche le moins. »
Bernard Arnault00:06:24
C'est-à-dire que c'est un art qui est intéressant et qui prend beaucoup de temps.
Léa Salamé00:06:29⚠ 0.31
Donc... Vous n'avez pas le temps d'aller au cinéma.
Bernard Arnault00:06:33
Voilà. Ça prend beaucoup de temps. C'est comme le golf. Je ne compare pas le cinéma et le golf.
Léa Salamé00:06:38⚠ 0.33
Vous allez vous faire taper sur les doigts, encore, avec cette référence sur le golf.
Bernard Arnault00:06:43
Oui. Voilà. Mais moi, je préfère jouer au tennis parce que c'est plus rapide. Bon, ça m'amuse plus que de jouer au golf parce que c'est plus long.
Léa Salamé00:06:50⚠ 0.48
C'est un impatient, en fait.
Bernard Arnault00:06:51
Et donc, je préfère aller voir une exposition intéressante. Mais ça ne veut pas dire que je n'aime pas le cinéma. Non, non, ce n'est pas vrai.
Léa Salamé00:06:57⚠ 0.43
Vous aimez la musique classique aussi. Il y a un piano, c'est vrai, dans votre bureau ?
Bernard Arnault00:07:01⚠ 0.49
Il y a un piano dans la pièce à côté, absolument. Je vais vous le montrer, si vous voulez.
Léa Salamé00:07:06⚠ 0.37
Et vous jouez du piano ?
Bernard Arnault00:07:08
Ça m'arrive.
Léa Salamé00:07:09
Parce que votre femme est une pianiste émérite, c'est son métier. Mais vous, vous l'accompagnez parfois ?
Bernard Arnault00:07:14
Ça m'arrive de temps en temps. Là aussi, je serais trop critiqué. En tout cas en France, ça m'arrive de faire des petits concerts.
Léa Salamé00:07:22
Vous faites des petits concerts, mais pas en France. Parce qu'en France, vous avez peur d'être critiqué, qu'on dise qu'il a la grosse tête.
Bernard Arnault00:07:26⚠ 0.49
En plus, il joue du piano, il fait des concerts.
Léa Salamé00:07:29
En fait, vous avez peur de la critique quand même.
Bernard Arnault00:07:32
Vous essayez de l'éviter. Je ne veux pas en rajouter.
Léa Salamé00:07:37
Alors il est là, le piano ? On a le droit de vous demander de nous jouer deux notes comme ça, de manière impromptue ?
Bernard Arnault00:07:46
Alors vraiment impromptu, je ne sais même pas s'il est... S'il est accordé ? Je n'en sais rien du tout.
Léa Salamé00:07:53
Donc vous ne venez pas tous les matins, ce serait mentir de dire que vous venez tous les matins jouer. ... Magnifique. Merci beaucoup. C'est Chopin, votre maître absolu en musique ?
Bernard Arnault00:08:19
C'est un des artistes, oui, des musiciens que je préfère.
Léa Salamé00:08:23⚠ 0.45
Mais il n'y a pas que le classique dans votre vie. Il y a Kanye West aussi.
Bernard Arnault00:08:26⚠ 0.35
Kanye West, oui, oui. Ça, c'était une version un peu jazz.
Léa Salamé00:08:29
Vous avez été au concert de Kanye West ? Oui. Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez craqué ? C'est pour faire plaisir à vos enfants ? C'est parce que Kim Kardashian s'habille chez vous ?
Bernard Arnault00:08:35
Non, non, non. Kanye West, je le connais. C'est un grand artiste que j'admire beaucoup. Et j'adore ce qu'il fait.
Léa Salamé00:08:41
Qu'est-ce que vous aimez dans la musique de Kanye West, Bernard Arnault ?
Bernard Arnault00:08:44
J'aime son côté artiste unique. Il était sur scène pendant une heure et demie et il était exceptionnel. Il a fait quatre soirs de suite, c'est à la Fondation Vuitton, et c'était rempli. C'était complètement rempli.
Léa Salamé00:08:59
Donc vraiment, vous ne mentez pas devant les caméras en disant : « J'aime Kanye West, j'aime la musique de Kanye West » ?
Bernard Arnault00:09:04⚠ 0.34
J'adore Kanye West.
Léa Salamé00:09:04⚠ 0.33
Et Kim Kardashian ?
Bernard Arnault00:09:06
Bon, Kim Kardashian, je la connais moins. Non, je la connais un petit peu parce que c'est la femme de Kanye West, mais c'est tout. — C'est votre style de femme ? — Elle assiste à certains défilés. Bon, je ferai pas de commentaire.
Léa Salamé00:09:18
Il y a Kanye West et il y a Booba aussi. Il paraît qu'il vous a rendu hommage, Booba, le rappeur ? — Ah oui, il paraît, oui.
Bernard Arnault00:09:22⚠ 0.31
En disant quelque chose comme... — Oui, il a parlé de moi dans une chanson.
Léa Salamé00:09:25⚠ 0.18
Tu savais que ça s'avait dit à Marbet ?
Bernard Arnault00:09:26⚠ 0.26
Oui, c'est Bernard dans l'autre sens.
Léa Salamé00:09:27
Bernard Arnault, oui, oui. Il vous a dit : « M'habille, ti amo. Je t'aime parce que t'es riche. » Ça vous a fait plaisir, non, que Booba vous rende hommage ?
Bernard Arnault00:09:49
Ça a fait rire mes enfants.
Léa Salamé00:09:51
Ça a fait marrer vos enfants ?
Bernard Arnault00:09:52⚠ 0.44
Oui.
Léa Salamé00:09:56
Comment vous arrivez, vous, au niveau où vous êtes ? C'est-à-dire, grande réussite professionnelle, à la tête d'un empire, le deuxième, homme le plus riche de France, derrière une femme d'ailleurs. Ça ne vous énerve pas, ça, qu'elle soit plus riche que vous ?
Bernard Arnault00:10:07
Pas du tout, pas du tout. Moi, je voudrais sortir de cette liste. — Ah oui ? Vous aimeriez... — Je ne trouve pas que ce soit une caractéristique qui soit très valorisante, à vrai dire.
Léa Salamé00:10:17
Comment vous faites pour ne pas être déconnecté du monde ? Vous êtes entouré d'une moquette ouatée, grosse comme ça, dans vos bureaux. Comment on fait pour savoir la dureté du monde et la vie de vos salariés, peut-être ?
Bernard Arnault00:10:30⚠ 0.42
On est en contact. Moi, je suis en contact avec... Hier soir, par exemple. Hier soir, j'ai fêté les Catherinettes chez Dior. Il y avait 1 200 personnes.
Léa Salamé00:10:37⚠ 0.31
C'est-à-dire, les Catherinettes, c'est des célibataires ?
Bernard Arnault00:10:40
C'est les jeunes de 25 ans qui sont célibataires et à qui on donne un chapeau. On a dîné ensemble, on a fêté les Catherinettes et je leur ai parlé, je les ai vues et j'étais en contact direct. Et elles apprécient énormément et moi aussi. Et je vois ce qu'elles vivent, je vois celles qui sont satisfaites, la grande majorité d'entre elles,
Léa Salamé00:11:00
Et celles qui souffrent aussi, vous voyez la souffrance de certaines ?
Bernard Arnault00:11:03
Il y en a qui souffrent, oui. Il y en a qui travaillent peut-être trop. Il y en a qui peuvent avoir des problèmes psychologiques parce qu'elles travaillent beaucoup. Ça peut arriver. Et on essaye de les aider.
Léa Salamé00:11:13
Donc vous n'êtes pas complètement vacciné contre une forme de sensibilité ?
Bernard Arnault00:11:17
Pas du tout. Dans un métier où la créativité est primordiale, il faut être sensible.
Léa Salamé00:11:25
On y va ? À la fondation ? Allons-y. Alors on y est, le vaisseau spatial, bâtiment époustouflant, construit par Frank Gehry.
Bernard Arnault00:11:35
Et revu par Daniel Buren aujourd'hui.
Léa Salamé00:11:39
Là, il est tôt le matin et déjà, il y a du monde dehors. Il y a une queue immense.
Bernard Arnault00:11:43
Il y a une queue de 200 mètres tous les jours, en permanence, toute la journée.
Léa Salamé00:11:46
Vous savez qui c'est ?
Bernard Arnault00:11:49
J'ai joué avec vous au Monopoly il y a 50 ans.
Léa Salamé00:11:56
Vous avez joué au Monopoly avec lui, sauf que lui, il a fait du Monopoly sa vie. Après, il s'est amusé à tout acheter.
Bernard Arnault00:12:02⚠ 0.36
Moi, je suis très content de vous avoir vu. Merci beaucoup. Merci.
Léa Salamé00:12:07
On est à l'intérieur de la Fondation Louis Vuitton. Est-ce que c'est l'exposition qui marche le mieux ?
Bernard Arnault00:12:15
C'est l'exposition qui a le plus de fréquentation depuis qu'on a ouvert.
Léa Salamé00:12:19
Vous espérez combien de personnes ?
Bernard Arnault00:12:20
Environ 10 000 personnes par jour.
Léa Salamé00:12:22
Combien, pardon ?
Bernard Arnault00:12:23
10 000.
Léa Salamé00:12:24
10 000 personnes par jour ?
Bernard Arnault00:12:25
Oui. Et on espère, ou on escompte, à peu près 1 million de personnes sur la période de 4 mois.
Léa Salamé00:12:32⚠ 0.23
On fait la queue ou on grille la queue ?
Bernard Arnault00:12:34⚠ 0.42
Je pense que si on veut sortir à midi, il faut passer devant, parce que sinon on ne va pas sortir.
Voiceover00:12:39
Si le public se presse, c'est que cette exposition est une prouesse. Les équipes de la Fondation sont parvenues à réunir une grande partie de la collection de Sergei Choukine, un magnat russe du textile, amoureux de l'art moderne français. Des œuvres dispersées sur ordre de Staline en 1948, entre le musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg et le musée Pouchkine à Moscou. Pour la première fois donc depuis des décennies, ces Picasso, Matisse, Gauguin, Cézanne, Courbet ou Monet sont visibles pour le public français.
Bernard Arnault00:13:11
Là vous avez un magnifique Picasso de l'époque bleue. Magnifique Picasso. Alors on a ça des impressionnistes. Je vous montre tout de suite celui qui me paraît le plus exceptionnel, enfin un des plus exceptionnels. Vous voyez ça, c'est formidable parce que c'est un tableau de l'époque où Monet habitait Londres. C'est depuis les quais de la Tamise et ça annonce l'abstraction. C'est un miracle ce tableau. D'ailleurs le premier tableau que j'ai eu la chance d'acquérir moi-même est un tableau de cette époque de Monet.
Léa Salamé00:13:45⚠ 0.25
Il est où le Monet que vous avez acheté ?
Bernard Arnault00:13:47
Vous les gardez chez vous ? Vous y êtes attaché ? Je suis attaché. Je ne vends rien. Chaque tableau que j'achète a une histoire.
Léa Salamé00:13:57
Ça vous arrive d'acheter des tableaux que vous n'aimez pas, juste parce que l'artiste est coté ? Honnêtement, soyez honnête.
Bernard Arnault00:14:03
J'essaie d'éviter. Non. On continue ? On continue.
Léa Salamé00:14:09
Alors, Le Déjeuner sur l'herbe de Monet, il faut expliquer. C'est un tableau que fait Monet, à la fois en hommage et un peu en forme de défi à Manet, qui l'avait peint quatre ans avant.
Bernard Arnault00:14:21⚠ 0.39
Ça, c'est une version magnifique. Vous voyez les détails ?
Léa Salamé00:14:26
Et quand j'ai pensé à la rivalité entre Manet et Monet, vous n'avez pas aimé ma question, mais je me suis dit, tiens, c'est un peu la rivalité entre Bernard Arnault et François Pinault. C'est un peu... Ils se répondent dans leur manière d'être.
Bernard Arnault00:14:38
C'est nous faire à tous les deux, vraiment, un grand hommage, parce que nous comparer à deux des plus grands artistes français...
Léa Salamé00:14:44
Non, mais dans une espèce de compétition qui est devenue une compétition saine, puisque vous ne vous disputez plus, là, vous vous êtes réconciliés.
Bernard Arnault00:14:50
La compétition, c'est bon. La compétition, moi, j'aime le tennis. On se bat comme des chiffonniers sur le court et après on se serre la main.
Léa Salamé00:14:57
Et avec Pinault, vous vous battez comme des chiffonniers dans le monde de l'art pour être le plus grand mécène français.
Bernard Arnault00:15:02
Non, non, non, pas du tout. On a d'excellentes relations. J'estime beaucoup ce que fait François Pinault. Je pense qu'il a une collection exceptionnelle. Je crois qu'il a monté un musée formidable en Italie. Il va le faire aussi à Paris, ce qui est excellent pour la ville de Paris.
Léa Salamé00:15:19
Vous n'êtes pas jaloux qu'il vienne s'installer à Paris maintenant ?
Bernard Arnault00:15:21
Pas du tout. Au contraire, je trouve que c'est formidable pour la scène artistique parisienne.
Léa Salamé00:15:26
Mais il y a quand même quelque chose, pardonnez-moi, mais c'est ma vision un petit peu... Elle est naïve de voir tous ces hommes d'affaires qui font des compétitions, que ce soit dans le monde de l'art ou de...
Bernard Arnault00:15:35
On va regarder le Monet suivant parce qu'on vous jalouse. On vous jalouse. Non, c'est pas ça. Ça me dérange absolument pas. Je vous dis exactement ce que je pense.
Léa Salamé00:15:44
Oui, mais il y a quand même une compétition entre milliardaires, que ce soit dans la presse ou vous êtes en train de vous partager tous les journaux.
Bernard Arnault00:15:49
Il y a une compétition, il y a une concurrence entre les affaires qui essayent toutes d'arriver au meilleur possible. Ici, vous avez les plus grands chefs-d'œuvre de Gauguin. C'est extraordinaire. Ce mélange de couleurs à Tahiti, c'est la période la plus forte de Gauguin. Merci à vous, monsieur. Merci. Vous êtes nombreux. On passe maintenant à Matisse. Là aussi, c'est probablement la plus belle réunion de Matisse qu'on peut trouver.
Léa Salamé00:16:32
Alors là, c'est vraiment impressionnant. Vous avez assisté, je crois, à un accrochage, c'est celui de là-bas, non ? À l'accrochage de l'Atelier rose.
Bernard Arnault00:16:39⚠ 0.30
L'Atelier rose, oui, qui est aussi une œuvre exceptionnelle.
Léa Salamé00:16:42
Alors, justement, c'est peut-être la dernière fois que cette œuvre...
Bernard Arnault00:16:45
C'est la première fois qu'elle sort de Russie.
Léa Salamé00:16:47
C'est la première fois qu'elle sort de Russie, ce sera peut-être la dernière fois qu'elle viendra en France. Et du coup, ça pose la question, Bernard Arnault, qui est un peu la question cruciale que j'avais envie de vous poser à l'occasion de cette exposition que vous faites. Est-ce que finalement, aujourd'hui, vous, les milliardaires, les grands chefs d'entreprise qui avez ces fondations-là, vous palliez l'absence de l'État ? Ou est-ce que maintenant, c'est les milliardaires qui vont sauver l'art en France ?
Bernard Arnault00:17:08
En tout cas, les fondations privées, comme la Fondation Louis Vuitton, sont dotées d'une agilité... et d'une possibilité d'intervention que n'ont peut-être pas, ou que n'ont pas du tout.
Léa Salamé00:17:20
– Que n'ont plus, c'est-à-dire que là, pour avoir la collection, pour rassembler autant de chefs-d'œuvre, 130 chefs-d'œuvre, ici, dans cette fondation-là, on parle de 10 millions d'euros que vous auriez payés pour assurer que ce tableau soit là.
Bernard Arnault00:17:32
– Oui, c'est très au-dessus de la reality, mais ça coûte de l'argent.
Léa Salamé00:17:36
Est-ce que ce n'est pas triste que l'État ne puisse plus faire ça ? Ne puisse plus se payer Chtchoukine et que ce soit Bernard Arnault qui se le paye ?
Bernard Arnault00:17:43
L'État peut certainement se le payer s'il met ça dans ses objectifs. Le fait que des fondations privées permettent d'avoir des expositions exceptionnelles comme celle-là, je ne trouve pas ça triste, je trouve ça formidable. C'est quelque chose qui se passe aux États-Unis depuis de nombreuses années.
Léa Salamé00:18:04
Wow, ça valait le coup quand même juste de venir voir ça. Merci pour cette visite guidée. C'est Vladimir Poutine qui devait l'inaugurer, cette exposition. Pourquoi il n'est pas venu ?
Bernard Arnault00:18:15⚠ 0.45
Ça, il faut poser la question au président de la République. À François Hollande, c'est lui qui a la réponse. Je pense qu'il y a eu quelques difficultés diplomatiques.
Léa Salamé00:18:21
Vous avez regretté qu'il ne vienne pas ?
Bernard Arnault00:18:23
Bien sûr, puisque c'est grâce à lui que cette exposition a été possible.
Léa Salamé00:18:27
Vous l'avez déjà rencontré, Vladimir Poutine ?
Bernard Arnault00:18:29⚠ 0.46
Oui.
Léa Salamé00:18:29
Il est comment ?
Bernard Arnault00:18:31
C'est quelqu'un de très intelligent et c'est quelqu'un qui a un contact personnel très différent de l'image qu'il peut donner à la télévision. Maintenant, moi, je ne suis pas chargé de la politique étrangère de la France.
Léa Salamé00:18:43
Mais dites-moi, cette petite musique qu'on entend avec le Brexit, avec l'élection de Donald Trump, qui est une petite musique protectionniste, anti-mondialisation, anti-ce en quoi vous croyez, est-ce que c'est quelque chose qui vous inquiète, cette montée du protectionnisme ?
Bernard Arnault00:18:58
La montée du protectionnisme, si elle devait se réaliser, serait une régression pour le monde. Mais je suis optimiste et je pense que ça n'arrivera pas. Même aux États-Unis, je pense que le président américain est quelqu'un de très pragmatique et ça m'étonnerait beaucoup qu'il prenne des mesures qui soient de nature à aller contre l'expansion des États-Unis, parce que ça irait contre l'expansion des États-Unis.
Léa Salamé00:19:19
– Mais quand on entend aussi Donald Trump, qui est quand même un milliardaire héritier, expliquer qu'il est anti-système, quand on entend Emmanuel Macron en France qui dit, alors qu'il vient de chez Rothschild, qu'il est anti-système, je me suis dit : Bernard Arnault, bientôt, va nous expliquer que lui aussi, il est anti-système.
Bernard Arnault00:19:34
Moi, je suis anti-système actuel. Je suis anti-système de permanente volonté, de permanent affaiblissement de la France et de ses valeurs. Oui, je suis contre ça.
Léa Salamé00:19:50
Dernière question, Bernard Arnault. Quelle est votre définition de l'art ?
Bernard Arnault00:19:55
Moi, ce que je trouve, c'est que... Vivre avec de l'art, être en contact avec les artistes, c'est quelque part toucher l'éternel. C'est un peu, si vous voulez, un antidote à l'éphémère. Et si vous prenez les artistes qu'on a vus aujourd'hui, Picasso, Matisse, dans 50 ans, parlera-t-on encore dans le monde du président de la République française, ou même du président de la République des États-Unis ? Sûrement pas. En revanche, on parlera toujours de Picasso, de Matisse et de Christian Dior.
Léa Salamé00:20:35
Et de Bernard Arnault ?
Bernard Arnault00:20:37
Non. C'est pas mon objectif.
Léa Salamé00:20:40⚠ 0.42
Merci, Bernard Arnault.
Bernard Arnault00:20:40⚠ 0.40
Moi, je vais me mettre à faire des tableaux, si jamais.
Léa Salamé00:20:42
Merci, Bernard Arnault. — Pendant ma retraite. — De nous avoir fait cette petite visite guidée de la collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton. Merci à vous.
Bernard Arnault00:20:50
Merci.