Concentration des medias : B. Arnault, PDG du groupe LVMH, devant la commission d'enquete

Public Senat (French Senate inquiry) · January 2022 · avg confidence 0.76
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  1. [01:28:36] Senator 5 (0.19) — Par rapport aux géants d'Internet, comment résister ?
  2. [01:28:39] Senator 4 (0.28) — Qu'est-ce qui nous manque à la France ?
  3. [01:35:18] Committee President (0.30) — Pardon. Le micro, M. Arnault, parce que sinon on ne va pas vous entendre. Voilà, merci.
  4. [00:25:41] Bernard Arnault (0.38) — Franchement, on ne voit pas le problème.
  5. [01:17:58] Committee President (0.45) — – Si vous voulez réagir ou pas.
  6. [01:20:59] Bernard Arnault (0.50) — Attendez, laissez-moi terminer.
Committee PresidentBernard ArnaultRapporteurSenator 5Michel LaugierSenator 2Senator 3Julien BargetonSenator 1Bernard FialaireSenator 6Senator 4
Committee President00:00:00
Monsieur Bernard Arnault, votre parole publique est rare, et notamment sur la question économique des médias. La Commission apprécie donc que vous ayez pu vous rendre disponible dans des délais relativement brefs pour témoigner devant elle. Vous êtes président-directeur général et actionnaire majoritaire du groupe LVMH, leader mondial de l'industrie du luxe. Je ne peux pas citer l'ensemble des marques que vous détenez et qui incarnent la France à l'international, peut-être juste Louis Vuitton, Dior, Tiffany, mais également le Château d'Yquem, l'un des vins les plus prestigieux du monde. Ce n'est cependant pas pour cette raison, peut-être malheureusement, que nous nous réunissons ce matin. Mais nous vous avons demandé de venir ce jour pour votre engagement dans les médias.
Committee President00:00:54
Il remonte à 1993 avec le rachat du quotidien économique La Tribune, puis l'hebdomadaire Investir. En 2007, vous avez cédé La Tribune et fait l'acquisition des Échos, puis du Parisien et du Parisien Magazine en 2015, pour constituer la holding Les Échos Le Parisien, présidée par Pierre Louette, que nous avons entendu le 2 décembre dernier. En plus des titres éponymes, le groupe détient Radio Classique et le mensuel Connaissance des Arts. Je ne suis pas exhaustif dans la présentation des titres, mais peut-être que le rapporteur y reviendra. Si nous avons souhaité vous entendre, M. Arnault, c'est parce que vous incarnez, avec quelques autres, les grands capitaines d'industrie extérieurs aux médias qui choisissent d'y investir, ce qui constitue une spécificité française qui n'est pas nouvelle, qui est assez ancienne, mais qui, évidemment, mérite d'être de notre part étudiée.
Committee President00:01:53
La Commission est donc très impatiente de vous entendre aujourd'hui. Je vous propose l'organisation qui est celle que nous suivons, en fait, à toutes nos auditions. Je vais vous donner la parole pendant 10 minutes, en vous demandant de respecter les 10 minutes, tout simplement parce qu'après, nous avons un certain nombre de questions à vous poser. Et en fonctionnant sous forme de questions-réponses, le dialogue sera sans doute plus vif et plus animé, ce qui vous permettra à travers, bien sûr, nos questions d'aborder des points que vous n'aurez pas pu aborder dans les 10 minutes précédentes. Je précise que cette audition est diffusée en direct sur le site internet du Sénat et elle fera également l'objet d'un compte-rendu qui sera publié.
Committee President00:02:35
Enfin, je rappelle pour la forme qu'un faux témoignage devant notre commission d'enquête serait passible des peines prévues aux articles 434-13, 14, 15 du Code pénal. Je vous précise également qu'il vous appartient, le cas échéant, d'indiquer vos éventuels liens d'intérêts ou conflits d'intérêts en relation avec l'objet de la commission d'enquête. Je vous invite, M. Arnault, à prêter serment de dire toute la vérité, rien que la vérité, en levant la main droite et en disant : « Je le jure ». Je vous remercie et je vous donne donc la parole pendant 10 minutes.
Bernard Arnault00:03:08
M. le Président, Mesas et Messieurs les sénatrices et les sénateurs, vous m'avez fait parvenir cette invitation pour vous parler d'un sujet qui, et je vous en remercie, qui sont les médias et leur organisation capitalistique. Ce sujet est assez marginal, je dois dire pour commencer, pour le groupe que je dirige. J'espère donc que mes propos pourront vous éclairer suffisamment, car cette activité n'est pas ma spécialité et je n'y consacre qu'assez peu de temps. Néanmoins, depuis le début des années 90, comme le président vient de le rappeler, lorsque j'ai pris la direction du groupe LVMH, j'ai pu d'une part approcher la réalité économique de leur fonctionnement, mais aussi leurs difficultés lorsque la conjoncture est délicate ou que leur position concurrentielle est moins pertinente.
Bernard Arnault00:04:09
J'ai pu tirer de ces constatations quelques idées quant au rôle de l'actionnaire que je suis heureux de vous présenter brièvement avec mon œil d'entrepreneur avant de répondre à vos questions. D'abord, quels sont les contours du groupe de presse propriété de LVMH ? Vous l'avez rappelé, c'est essentiellement quatre titres de presse écrite, « Les Échos, Le Parisien, Investir, Connaissance des Arts », mais aussi des médias audiovisuels autour de Radio Classique, essentiellement autour de la musique classique avec Mezzo, Medici TV, entre autres. Ce sont aussi quelques grands salons. Par exemple, VivaTech, qui donne à la tech française un rayonnement mondial. Et ce sont en tout plus de 1 600 salariés, dont 644 cartes de presse, et le chiffre d'affaires tourne autour de 400 millions.
Bernard Arnault00:05:05
Et malheureusement, les pertes sont substantielles. Cet ensemble s'est constitué lentement et sans plan concerté. Les titres concernés ont été le plus souvent proposés au groupe par leurs propriétaires qui souhaitaient s'en défaire, soit parce qu'ils avaient échoué à trouver des repreneurs aussi passionnés qu'eux, soit parce qu'ils ne pouvaient plus faire face aux besoins réguliers de liquidités. LVMH a ainsi acquis Radio Classique en 1999, alors que Pierre Faurre, le président de la SAGEM, qui en était propriétaire, qui était un ingénieur et passionné de musique classique, cherchait un repreneur. Connaissance des Arts en 2000, lorsque la famille qui le détenait a souhaité s'en séparer. Les Échos en 2007...
Bernard Arnault00:05:54
Quand le groupe anglais Pearson voulait le vendre et qu'il était alors possible de faire revenir en France ce qui est le premier journal économique français, le Parisien en 2016, lorsque la famille Amaury, a estimé ne plus pouvoir en assumer la charge particulièrement lourde pour l'avenir. Et récemment, Challenge, donc Claude Perdriel, un ingénieur comme moi, mais qui a fait de la presse une des passions de sa vie et qui est très soucieux de voir son œuvre de presse s'appuyer sur des soutiens solides, a souhaité que LVMH reprenne la part minoritaire appartenant au groupe Renault qui voulait la revendre. Alors pourquoi, me direz-vous, le groupe LVMH a acquis tous ces titres ? Les Échos, Le Parisien, Connaissance des Arts, Radio Classique, Investir et les autres sont dans leur domaine des fleurons, des titres dont les noms résonnent dans la culture collective depuis plus de 50 voire de 100 ans.
Bernard Arnault00:06:55
Ce sont des références. Plurielles, diverses, respectées, qui sont indissociables des domaines de vie qu'ils couvrent. La vie économique et sa compréhension ne seraient pas les mêmes, je crois, sans Les Échos. La vie quotidienne locale et nationale ne serait pas la même sans Le Parisien / Aujourd'hui en France, qui en assure la couverture. La culture des marchés financiers et l'attractivité des entreprises ne seraient pas aussi diffusées en France sans Investir. Et la couverture des événements artistiques ou musicaux ne serait pas aussi riche sans Connaissance des Arts ou Radio Classique. Ils sont dans des domaines différents, irremplaçables. C'est pour cela que le groupe LVMH a accepté de temps à autre de conforter tel ou tel titre.
Bernard Arnault00:07:43
S'il est une référence incontournable, il nous paraissait en effet nécessaire et dans l'intérêt général d'œuvrer à sa pérennité. Aurait-il survécu s'il n'avait pas reçu l'investissement d'un actionnaire comme LVMH ? Vous me permettrez d'en douter, compte tenu du nombre de médias qui ont disparu depuis 20 ans et de l'ampleur des révolutions technologiques actuelles. Leur avenir, en dépit de leur qualité, était pour le moins, à mon avis, incertain. On assiste, en effet, depuis une dizaine d'années à un bouleversement mondial et majeur dans le domaine des médias. De plus en plus de personnes, en particulier chez les jeunes — je le vois chez mes enfants —, remplacent la lecture des journaux, des magazines ou la télévision, par le regard quotidien sur les écrans sociaux planétaires, à travers leurs smartphones ou encore les écrans de Netflix et consorts.
Bernard Arnault00:08:42
De plus, la publicité dépensée dans les médias traditionnels est en chute, au profit de ces nouveaux médias, à l'audience croissante et mondiale. La pérennité des titres traditionnels dont nous parlons aujourd'hui est donc loin d'être assurée à terme. Elle le serait encore moins, je pense, si ces médias n'avaient pas d'actionnaires puissants, capables de les aider pour faire face à ce défi structurel absolument fondamental, qu'il n'est pas évident de surmonter et qui nécessite pour l'affronter des investissements considérables. Permettre à des fleurons français de briller, c'est ce qui anime depuis toujours LVMH. Vous connaissez les maisons du groupe. Le président a eu l'amabilité d'en citer quelques-unes.
Bernard Arnault00:09:29
Je ne vais pas allonger la liste. Il y en a 70. Depuis la création du groupe LVMH, mon équipe a concentré toute son attention pour bâtir le premier groupe de luxe mondial autour de ces maisons artisanales et prestigieuses, pour l'essentiel françaises. Nous employons aujourd'hui 175 000 personnes dans le monde, dont un peu plus de 40 000 en France. Le groupe anime plus de 100 sites de production, des manufactures artisanales en France. Il est le premier contributeur à l'impôt sur les sociétés dans notre pays, bien que son chiffre d'affaires soit pour l'essentiel, plus de 90 %, réalisé hors de France. LVMH a également une place importante dans le mécénat, avec notamment la Fondation Louis Vuitton. Tout cela a été possible en s'appuyant sur les valeurs qui animent notre groupe et qui sont au nombre de quatre. Je les cite succinctement, pour évidemment développer ces thèmes qui sont passionnants.
Bernard Arnault00:10:30
D'abord, la créativité et l'innovation. Ensuite, la recherche permanente de la plus haute qualité. L'esprit entrepreneurial, indispensable au succès économique et à la motivation personnelle. Et enfin, l'engagement sociétal, social, environnemental qui donne un sens à notre action. Notre relation aux médias s'inscrit dans cette démarche. Investir dans les talents, dans l'innovation, insuffler de la créativité dans leur héritage patrimonial et un esprit de responsabilité dans leur gestion. Alors, même si l'activité médias ne constitue qu'une toute petite partie de la réalité économique du groupe, nos valeurs s'appliquent à elle. Et c'est sans doute pour cela, c'est ce que je pense, qu'à travers les dernières décennies, nous avons été à plusieurs reprises sollicités.
Bernard Arnault00:11:24
Les vendeurs, les cadres et les journalistes concernés voyant sans doute chez LVMH un ensemble de valeurs qui leur correspondent. Pour conclure cette introduction par un mot sur le rôle de LVMH en tant qu'actionnaire du groupe de presse Les Échos-Le Parisien, je dirais qu'il consiste essentiellement à accompagner l'adaptation de cette entité face à la concurrence de plus en plus forte des médias numériques planétaires qui prennent chaque jour plus d'importance pour les lecteurs, les auditeurs, les annonceurs, au détriment des médias plus traditionnels que sont la presse écrite, la radio ou la télévision. Le rôle fondamental de l'actionnaire LVMH pour ce faire consiste à aider le groupe Les Échos-Le Parisien à investir puissamment dans les outils d'avenir, le web, le mobile, les nouveaux formats, afin de ne pas se laisser éclipser trop vite par les médias numériques mondiaux qui sont chaque jour plus puissants et plus suivis par nos concitoyens.
Bernard Arnault00:12:29
Pour y parvenir le plus efficacement possible au plan opérationnel, LVMH a donné à la direction de son pôle média, dirigé par Pierre Louette que vous connaissez, une totale autonomie. La même qui caractérise la méthode de gestion décentralisée de notre groupe et qui s'applique à chacune de ses maisons.
Committee President00:12:53
– Merci M. Arnault pour cette présentation. Nous allons revenir à travers nos questions sur un certain nombre de points que vous avez abordés dans votre présentation. Nous allons commencer les questions par celles du rapporteur David Assouline.
Rapporteur00:13:04
– Bonjour Monsieur. Vous avez exposé les activités que vous avez dans le domaine des médias. À l'inverse d'une audition qui a eu lieu hier, ce n'est pas l'ampleur de ces acquisitions qui fait l'objet de votre témoignage devant notre commission d'enquête, c'est-à-dire une énorme concentration dans le domaine des médias, car la liste est relativement brève : Les Échos, Le Parisien, Aujourd'hui en France, Investir, Radio Classique, Connaissance des Arts, mais aussi Boursier.com, c'est des prises de contrôle ciblées, avec quand même des ambitions, me dit-on, et je lis en ce moment sur d'autres médias, on y reviendra. En tous les cas, ce qui nous intéresse, c'est que vous êtes... Là, un instant, on a dit la plus grande fortune du monde.
Rapporteur00:14:31
Votre groupe est puissant. Il a des activités, de nombreux employés dans le monde, un succès incroyable. Et même dans ce moment de pandémie, il augmente ses bénéfices de façon tout à fait incroyable. Donc... on a du mal à penser qu'une activité qui, plutôt, vous avez dû capitaliser, etc., parce qu'elle n'est pas bénéficiaire du tout dans le domaine des médias, alors que ce n'est pas votre métier, ça vous l'assumez, vous avez choisi de... d'investir dans des médias comme ça pour faire œuvre d'intérêt public, d'intérêt général. Bien entendu qu'il doit y avoir un intérêt lié aussi à vos activités. Et c'est ça notre interrogation. C'est comment, pourquoi des grands industriels dans des domaines tout à fait différents, vous, c'est le luxe, mais il y a le BTP pour l'un, il y a l'armement pour l'autre, etc., vous vous intéressez aux médias.
Rapporteur00:15:53
Est-ce que vous pouvez nous préciser un peu plus cet intérêt, notamment avec ce qui est dans le débat public, sur la place publique, et même avec des faits que je citerai ? Quand on dit que c'est un moyen d'influence, alors vous pouvez appeler ça le rayonnement, ou moyen d'influence, et aussi un moyen de contrôler un peu ce que l'on peut dire de bien ou de mal sur les activités commerciales que vous avez dans la presse.
Bernard Arnault00:16:29
Que répondez-vous à cela ? Le groupe LVMH s'intéresse, comme je l'ai dit dans ma petite introduction, aux fleurons français. Ces groupes de presse en font partie. Quand il s'est agi d'investir dans ces groupes de presse, qui représentent certes une activité déficitaire mais extrêmement faible en valeur absolue par rapport à l'ensemble du groupe, il nous est apparu nécessaire et dans l'intérêt général de le faire. D'autant que, sinon, certains de ces titres n'auraient peut-être pas survécu et que, vous parlez d'influence, notre groupe n'a aucune relation économique avec les pouvoirs publics, les marchés publics, tout ça. Plus de 90 % de notre chiffre d'affaires se fait en dehors de France. Donc on voit mal en quoi une activité comme celle-là, que je rangerais plutôt, en ce qui me concerne,
Bernard Arnault00:17:48
je ne veux pas être péjoratif d'ailleurs, mais du côté du mécénat, peut nous donner une influence quelconque en ce qui concerne la marche de nos affaires, qui n'est en rien liée aux pouvoirs publics. Donc, si vous voulez, je sais bien qu'il y a une opinion générale qui est de dire que les investisseurs dans la presse sont des hommes de médias qui veulent intervenir. Mais dans quel but ? En ce qui nous concerne, on ne voit pas l'objectif. L'objectif pour nous, c'est de faire en sorte que ces entreprises réussissent à redevenir rentables. D'ailleurs, ce qui est atteint aujourd'hui, cette année, pour la première fois depuis 10 ans par Les Échos, est de faire en sorte que ce petit groupe de presse prospère.
Bernard Arnault00:18:43
Voilà. C'est notre objectif. Il ne va pas plus loin.
Rapporteur00:18:53
Vous savez qu'il y a eu un certain nombre de reproches dans la façon dont vous avez interféré dans des activités de presse. Je donne plusieurs exemples. Vous vous souvenez qu'à la suite de cette une de Libération vous concernant, vous avez supprimé l'ensemble de la publicité de LVMH, avec 150 000 euros de publicité en moins pour le quotidien de la part du groupe. C'était en septembre 2012. En novembre 2017... Il y avait eu une enquête du Monde, etc., toujours concernant les Paradise Papers. Et Le Monde a été privé de publicité aussi, pour une hauteur estimée à 600 000 euros. Vous confirmez ?
Bernard Arnault00:19:57
– En ce qui concerne Libération, est-ce que vous avez vu la une en question ? Est-ce que vous aviez lu, monsieur le sénateur, la une en question ? Vous avez vu, ça vous avait paru tout à fait normal d'avoir un titre aussi agressif contre la première entreprise française pour une motivation fausse ? Parce que je n'ai jamais eu l'intention de devenir résident fiscal belge. C'était un fantasme, encore une fois. Ça vous aurait plu d'avoir ça ? Et non seulement il fallait accepter cette une, et... On ne faisait quasiment jamais de publicité dans Libération. Les lecteurs de Libération ne sont pas les clients du groupe. Donc on a dit : « Voilà, on s'est vengé en ne faisant plus de publicité. » Mais on n'en faisait déjà quasiment pas.
Bernard Arnault00:20:54
Donc tout ça, c'est... Alors, je me suis plaint, effectivement. J'ai appelé le directeur de l'époque, je ne sais plus qui c'était, en lui disant : « Libération, vraiment, c'est incroyable de pouvoir traiter l'une des plus grosses entreprises françaises, et son actionnaire, et son dirigeant, de cette façon. » — Je ne sais pas. Peut-être que vous trouvez ça bien.
Rapporteur00:21:16
Mais ce n'est rien. — Je ne suis pas là pour vous dire si je trouve ça bien ou pas bien. Et d'ailleurs, vous avez absolument le droit plein et entier d'être choqué, de ne pas être d'accord avec la façon dont la presse peut traiter ou votre personne ou vos activités. Mais le sujet que l'on traite là, indépendamment des personnes, c'est le sujet des possibilités, par la puissance économique ou financière, d'utiliser cela pour interférer sur la liberté de la presse.
Bernard Arnault00:21:53
Parce qu'il y a d'autres moyens si on se sent… – Est-ce que vous avez d'autres exemples ? – Je veux finir. – Sur Le Monde, je vous dis : c'est faux. Et sur Libération, de toute façon, on ne faisait pas de publicité. Alors, où est le problème ?
Rapporteur00:22:07
– Bien, moi j'ai vos réponses, mais je répète.
Bernard Arnault00:22:11
– Mais est-ce que vous avez d'autres exemples, Monsieur le sénateur ?
Rapporteur00:22:15
Est-ce que vous avez d'autres exemples à me montrer ? – Alors ensuite, il y a quelque chose qui a fait un peu plus l'actualité ces derniers jours d'ailleurs. Mais je pense que ça, vous le reconnaîtrez. Il y a eu d'embauchés, on va dire, en tous les cas de missionnés par votre groupe, M. Bernard Squarcini, pour enquêter sur la vie privée et sur la vie tout court de M. Ruffin, qui était en train de faire un film qui va s'appeler Merci Patron ! plus tard. Je répète, je ne juge pas telle ou telle chose. Je suis factuel et je vous pose la question. La justice a acté le fait qu'il y avait eu cela et a proposé que, moyennant le versement de 10 millions que vous avez accepté, l'affaire serait close.
Rapporteur00:23:17
Vous me confirmez cela ? Pourquoi ? Comment ? Quelle suite vous avez donnée vous-même dans votre entreprise à cette affaire ?
Bernard Arnault00:23:25
Alors, dans cette affaire, d'abord... Il faut savoir que c'est la justice qui a proposé au service juridique de LVMH cette formule de CJIP, enfin d'accord conventionnel, convention judiciaire d'intérêt public. On ne l'avait pas demandé. C'est le juge qui l'a proposé. Et dans ce document que vous pouvez consulter, nous n'avons reconnu aucune culpabilité. Donc je réfute toute culpabilité, ce qui a été approuvé par la justice française, dans ce dossier. Si vous essayez d'insinuer qu'on est coupable en quoi que ce soit dans cette affaire, je vous invite à lire la décision de justice.
Rapporteur00:24:18
Je répète, je n'insinue pas, je ne suis pas dans un dialogue personnel avec vous. Je dis ce qui est et je vous demande de réagir justement. Je vous donne la possibilité de donner des explications. Et donc, vous avez accepté de donner 10 millions pour quelque chose où il n'y a aucun sujet pour vous ? C'était comme ça ?
Bernard Arnault00:24:41
– Le juge nous a proposé cette transaction afin d'éviter que nous soyons pris dans cette affaire à laquelle on n'avait rien à voir. Et notamment, aucune responsabilité. Voilà. Quant à M. Ruffin, M. Ruffin, tout le monde le connaît, c'est quelqu'un de très brillant, qui est d'extrême gauche et pour lequel le groupe LVMH, depuis toujours, est un épouvantail. Alors pourquoi sommes-nous un épouvantail ? Parce que nous sommes Français, parce qu'on embauche en France, parce qu'on crée des ateliers en France, et que c'est un contre-exemple tellement flagrant pour sa stratégie de communication qu'il est obligé d'essayer de trouver des poux dans la tête partout. Et si on a essayé d'éviter que M. Ruffin, lors d'une assemblée générale où il avait prévu de venir pour enfariner tout le monde, ne puisse entrer dans la salle...
Bernard Arnault00:25:41⚠ 0.38
Franchement, on ne voit pas le problème.
Rapporteur00:25:43
– Non, mais je crois qu'on n'est pas sur la même longueur de réflexion. Je répète, ce qui nous intéresse ici, c'est de voir les possibles interférences de puissance économique sur la liberté d'expression, la liberté de la presse. Les faits dont je parle, je ne les invente pas, ce n'est pas moi qui ai été les chercher, ils sont là. Et donc, ce que je sais, c'est que M. Ruffin, dans cette affaire, lui, n'accepte pas le jugement, c'est-à-dire qu'il... Et que vous, vous l'acceptez, vous donnez 10 millions uniquement parce que vous considérez que c'est une... C'est-à-dire que maintenant, si quelqu'un vous attaque alors que les faits sont infondés, pour pas qu'il y ait d'affaires, c'est ça, pour pas qu'on en parle, eh bien vous donnez 10 millions.
Rapporteur00:26:37
Je pense pas que c'est complètement comme ça. Mais la presse a documenté les choses, chacun se fait une opinion. Mais moi, j'ai eu votre réponse, c'est ça. Et on peut continuer cette audition sur des questions qui touchent un peu plus à... Vous me confirmez que vous êtes encore en participation dans l'Opinion.
Bernard Arnault00:27:03
Le journal l'Opinion. — Ah oui, on a un investissement tout à fait minoritaire dans l'Opinion, oui. — Moi, j'ai 24,8 %.
Rapporteur00:27:11
Alors ensuite, il y a la régie publicitaire. Comment la régie publicitaire du groupe Le Parisien et Les Échos agit vis-à-vis des marques du groupe LVMH ?
Bernard Arnault00:27:28
comme la régie publicitaire de tout organisme de presse. Elle a des relations avec les marques et elle essaye de les convaincre d'acheter des publicités dans leurs journaux. Et d'ailleurs, je ne sais pas si vous avez posé la question à Pierre Louette, mais il se plaint régulièrement du fait que nos marques n'investissent pas assez, et plus dans d'autres médias. Donc le problème là, c'est plutôt... Le fait que le groupe est sous-investisseur par rapport aux autres dans les magazines du groupe. Et ça, vous pouvez le vérifier. Je peux vous donner les chiffres.
Rapporteur00:28:09
Pouvez-vous nous préciser les raisons qui vous ont poussé à dénoncer le pacte d'actionnaires qui vous liait à Arnaud Lagardère en septembre dernier ? Autre acteur industriel, mais qui est investi dans la presse.
Bernard Arnault00:28:27
Arnaud Lagardère, j'ai essayé de le soutenir, je l'ai soutenu, et on arrivait à un moment où il avait choisi un autre partenaire, c'est tout, pour son organisation capitalistique, donc je crois qu'on a été associés, dans une société en commandite, et qui a été ensuite transformée en une société normale. Donc à partir de là, il n'y avait plus de commandite, et plus tellement d'intérêt d'avoir un accord particulier avec lui, puisqu'il devenait président-directeur général d'une société anonyme, si je me rappelle bien la structure qui a été faite. – J'en ai une dernière.
Rapporteur00:29:16
Alors, c'est sur le même sujet, parce qu'il est très lié à... y compris à l'audition que nous avons eue hier et que nous aurons plus tard avec M. Lagardère, pour qu'on comprenne bien, y compris ce qui va se passer. Pouvez-vous nous dire, bon, vous étiez, vous, partisan de prendre les parts chez Lagardère que, finalement, M. Bolloré a obtenues ? Pouvez-vous nous raconter un petit peu ce qui s'est passé et à votre avis, en tous les cas au moins à votre avis, ce qui a fait qu'un autre choix a été fait par M. Lagardère ? Et pensez-vous inévitable l'OPA qui aura lieu le mois prochain probablement du groupe Lagardère sur... du groupe Bolloré sur le groupe Lagardère, Europe 1, Paris Match, Journal du Dimanche et les maisons d'édition.
Bernard Arnault00:30:33
Écoutez, quand Arnaud Lagardère m'a appelé il y a deux ans, c'est parce qu'il était confronté à un activiste, si je me rappelle bien, qui était entré dans son capital. Il m'a donc demandé si j'étais prêt — ça, ce n'est pas LVMH, ça, c'est ma société familiale — à participer dans sa société personnelle en commandite. J'essaye de ne pas me tromper. Enfin, on était donc là pour le soutenir, et face à cet actionnaire activiste. Ensuite, les choses ont évolué. Et finalement, je crois qu'Arnaud Lagardère a passé un accord... qui est maintenant tout à fait public avec le groupe de Vincent Bolloré. Et donc, notre présence dans cette société-là était moins évidente. Et nous sommes aujourd'hui actionnaires, petits actionnaires, je crois, 10 % de la société anonyme qui en résulte.
Bernard Arnault00:31:44
Voilà à peu près le...
Rapporteur00:31:48
– Il y a une incongruité souvent dans nos réflexions sur la question des aides à la presse. Pensez-vous que ces aides à la presse sont distribuées de façon juste ou équitable alors que votre groupe, qui a quand même une certaine sécurité, est de loin encore le principal bénéficiaire avec... disons déjà plus de deux fois plus que le deuxième qui en bénéficie, qui est Le Figaro et Le Monde, etc. – Je connais mal les calculs de la presse.
Bernard Arnault00:32:34
Le principe… Vous avez peut-être réfléchi qu'il serait de faire de la discrimination entre tel ou tel titre parce que son actionnaire est plus ou moins solide. Ça, je ne vois pas très bien comment ça peut se justifier. Ou on fait des aides à la presse, et à ce moment-là, il faut que ça se fasse de manière un peu œcuménique, ou on n'en fait pas du tout, parce que ça peut aussi se défendre. Mais après, comment vous allez choisir entre tel actionnaire ? Est-ce qu'il est assez solide ? Tel autre, il est moins solide, donc on va donner moins... Enfin, on est partis... Quelque chose...
Rapporteur00:33:16
C'est juste le principe : moins à ceux qui en ont le plus et plus à ceux qui en ont le moins. Peut-être qu'on peut imaginer ça.
Bernard Arnault00:33:24
Moi, je suis partisan de garder un système à peu près également réparti ou de le supprimer complètement.
Committee President00:33:32
Bien. Moi, je voudrais revenir sur les conditions économiques. Vous avez bien décrit dans votre propos liminaire le contexte économique des médias en disant que c'est un secteur économique à la rentabilité faible, ce qu'on veut bien entendre parce que ça corrobore un certain nombre de témoignages qu'on a eus jusqu'à présent de... de personnes qui sont venues dans cette commission d'enquête, tous sauf un qui hier nous a dit, au contraire, chiffre à l'appui, que la rentabilité opérationnelle était forte dans le secteur des médias. Vincent Bolloré, pour le nommer, qui nous a donné des chiffres sur la marge d'EBITDA en moyenne, en disant qu'il y avait deux secteurs particulièrement rentables, le luxe,
Committee President00:34:16
Et les médias, l'automobile, les cosmétiques intervenant loin derrière. Les chiffres sont assez étonnants et ne correspondent pas à l'analyse que vous avez. Alors je ne vais pas vous demander de commenter des chiffres qui ne sont pas les vôtres. Mais est-ce qu'il y a une possibilité de rendre l'activité média financièrement rentable ?
Bernard Arnault00:34:37
Alors je pense qu'il y a moyen de la rendre rentable. D'ailleurs, je vous l'ai dit tout à l'heure, Les Échos sont actuellement à l'équilibre. Donc on essaye de faire en sorte que le reste revienne aussi à l'équilibre. Quant au fait que ce soit le deuxième secteur le plus rentable après le luxe, je pense que Vincent Bolloré a raison. Mais il fait référence à ces grosses sociétés mondiales qui sont des sociétés de médias. Si vous prenez Facebook... Si vous prenez Microsoft maintenant qui est en train de se développer là-dedans, c'est des sociétés extraordinairement rentables. Et d'ailleurs, une des questions à laquelle il serait intéressant de... c'est pourquoi ces sociétés-là ont été créées aux États-Unis et pas en Europe.
Bernard Arnault00:35:23
Je pense que c'est ça le problème. Plutôt que — je ne veux pas interférer sur les débats du Sénat —, mais plutôt de se concentrer sur les entreprises françaises qui existent actuellement, qui sont difficiles au niveau de leurs résultats, qui sont aidées par des groupes financiers, capitalistes. Alors on peut critiquer, on peut dire oui, bref, on peut leur prêter des arrière-pensées. En ce qui me concerne, on n'en a pas, mais bon. Mais le problème de fond, c'est quand même que l'Europe perd son leadership depuis des années, depuis le début des années 2000. Pourquoi Facebook a été créé aux États-Unis et n'a pas été créé en Europe ? C'est ça le vrai problème auquel il faudrait réfléchir, à mon avis.
Bernard Arnault00:36:09
C'est peut-être là-dessus que, je n'ai pas de conseil à vous donner, mais une réunion d'enquête sénatoriale pourrait être très intéressante. Je serais prêt à venir y participer à nouveau, si vous voulez. Pourquoi on a raté ça ? Qu'est-ce qu'on n'a pas fait dans notre pays, ou en Europe en général, pour que des entreprises comme ça se créent ici ? Il n'y avait pas de raison que ça se crée aux États-Unis. Alors maintenant, il y a un peu plus de start-up, ça commence à s'accélérer. Et on est parti 20 ans après.
Committee President00:36:40
C'est un vrai sujet, mais c'est vrai que ce n'est pas tellement le sujet de notre commission d'enquête, quoique notre problématique est aussi de faire en sorte qu'il y ait des vrais leaders mondiaux dans le domaine des médias, qui soient d'origine française ou d'origine européenne. Et on voit bien qu'il y a d'ailleurs un certain nombre de regroupements qui sont en train d'opérer actuellement. Ces derniers mois, je pense à TF1 et M6 par exemple, et l'argument des responsables de TF1 est clairement celui que vous énoncez, c'est-à-dire faire émerger un leader européen.
Bernard Arnault00:37:14
Je pense qu'entre nous, je pense qu'ils ont raison. — Sans doute.
Committee President00:37:17
– Ça, c'est mon avis, ce n'est pas moi qui décide, mais je pense qu'ils ont raison. – De ce point de vue, je voulais vous interroger parce que, évidemment, compte tenu de la puissance de votre groupe, vous avez précisé la stratégie, mais qui est une stratégie assez prudente sur la question des médias. On peut en comprendre les raisons. On vous prête aussi beaucoup d'intentions, à tort ou à raison. Donc c'est le moment peut-être de clarifier les choses. On a cité le nom de votre groupe sur l'acquisition de M6. Et également sur celle du Figaro. Est-ce que c'est des interrogations ou des options que vous avez étudiées et auxquelles vous avez finalement renoncé ?
Bernard Arnault00:37:59
Alors écoutez, sur M6, on n'a pas étudié le dossier. On nous a sollicités parce que, compte tenu de la taille du groupe, quand un gros dossier se présente, on nous contacte. Mais on ne l'a pas étudié. Quant au Figaro, j'ai vu encore hier que Le Monde disait qu'on avait fait une offre. Et ça, c'est quand même très étonnant. Ça vous montre quand même les limites de la presse. C'est faux. Et je leur ai dit à plusieurs reprises. Je le confirme aujourd'hui sous serment. Et néanmoins, ils l'écrivent. Ils continuent à l'écrire. C'est quand même étonnant. Nous n'avons jamais fait d'offre sur Le Figaro. Et c'est repris systématiquement dans les articles comme celui que vous avez vu hier. Voilà. Non mais ça montre quand même les limites.
Bernard Arnault00:38:53
Vous voyez, ma capacité d'influence est limitée.
Committee President00:38:56
Ce qui montre aussi qu'il y a peut-être des coups à prendre quand on s'engage trop dans les médias.
Bernard Arnault00:39:01
Oui, oui, oui. De toute façon, si vous voulez, moi, j'ai l'habitude aussi de me faire attaquer. La réussite d'un groupe économique en France, ce n'est pas forcément quelque chose qui est bien vu. Je le regrette. C'est dommage. Certains autres pays font de ces groupes des héros. En France, il faut rester plutôt caché. Et on se fait critiquer. Quand ça marche bien, on se fait encore plus critiquer. Même si on emploie beaucoup de monde, même si le groupe en question embauche plus de 10 000 personnes par an en France, même si on est le premier contributeur aux impôts français, les critiques que j'ai eues... On a fait la Fondation Louis Vuitton. Vous n'avez peut-être pas suivi les critiques qu'on a eues pour ça.
Bernard Arnault00:39:53
On a dit qu'on faisait ça pour éviter l'impôt. Il faut le faire. On a dépensé près de 800 millions. On fait des expositions. Il y en a une en ce moment qui est très bien. Mais ça, ce n'est pas quelque chose qui est rentable. C'est quelque chose qui coûte. Parce que pour faire venir une collection pareille... des musées russes, ça ne se fait pas tout seul. Il faut des contreparties, etc. Bon, mais je pense que pour la France, c'est formidable. C'est la première fois qu'une collection comme ça est réunie à Paris. Mais néanmoins, on est critiqué. Quand j'ai fait un don pour reconstruire Notre-Dame, je pensais, là, je me dis, là, tout le monde a trouvé ça bien. Ben non ! Non, il y a eu beaucoup de critiques.
Bernard Arnault00:40:42
Mais non, il aurait mieux fait de donner ça aux impôts et que l'État le paye. – Déduction d'impôts. – Non, mais je vous dis juste… Et peut-être que ça explique aussi pourquoi les grands entrepreneurs potentiels, les jeunes, les chercheurs, etc., devant cet environnement, ont du mal à aboutir en France. Je dirais que, si je peux me permettre, dans l'environnement politique, quand je vois ce à quoi les responsables politiques sont soumis en ce moment... Ça décourage pas mal les vocations. C'est mon sentiment.
Committee President00:41:22
Vous avez autour de la table des gens qui ont encore la vocation.
Bernard Arnault00:41:24
Ils le montrent, d'ailleurs, à travers leur... Moi, je vois. Je connais un certain nombre d'amis dans le secteur. C'est difficile. Les maires qui sont attaqués sans arrêt, ça décourage un peu, quand même.
Committee President00:41:37
Je vais donner la parole à mes collègues, maintenant, pour leur question. Jean-Raymond Hugonet.
Senator 500:41:43
— Merci, Président. Bonjour, M. Arnault. Si j'en juge par le nombre de photographes qui vous attendaient ce matin et si j'osais, je dirais que c'est un luxe de vous recevoir ici au Sénat. Vous avez fait référence tout à l'heure à votre vision d'entrepreneur. Et à titre personnel, c'est bien celle-là que je viens chercher ce matin et dont je crois que nous avons bien besoin au sein de la commission d'enquête. Votre réussite et celle du groupe est totalement exceptionnelle. Et elle est française. Vous l'avez dit. Et croyez bien qu'un bon nombre de personnes en France en ont conscience. Elle ne tient pas au miracle. Elle tient à la fois au travail acharné, à l'intelligence et à la détermination.
Senator 500:42:34
Vous avez donné d'ailleurs les 4 axes principaux de façon globale de votre stratégie. Et je crois qu'en cette période électorale, je pense que ces quatre axes seraient bons à rappeler à tous les candidats et candidates aux élections présidentielles. La créativité, la haute qualité, l'esprit d'entreprise, l'engagement et vous avez même rajouté après ce à quoi nous sommes excessivement attachés ici au Sénat, la gestion décentralisée. Et Dieu sait si notre pays a du mal avec ça. Alors ma question, elle est relativement simple. La concentration qui nous tient dans cette commission d'enquête, c'est un sujet économique. Le pluralisme, lui, c'est un sujet de démocratie. Alors comment, à votre avis, concilier la nécessaire recomposition du marché des médias
Senator 500:43:35
avec la non moins nécessaire préservation de ce pluralisme qui fait vivre la démocratie.
Bernard Arnault00:43:44
D'abord, on va dire qu'on est dans un pays où les médias sont libres. Aujourd'hui, si un journaliste veut faire sortir un article négatif sur le président de la République, sur un ministre, sur un responsable politique, un article négatif sur un dirigeant d'entreprise, il peut le faire. Évidemment, il faut que ce soit un article fondé ou avec des arguments. Il peut le faire. On est quand même dans un pays où la liberté de la presse, la liberté de la communication est assurée. Je pense qu'il ne faut pas exagérer l'impact que pourraient avoir certaines opérations de rapprochement. Vous parlez de TF1, de M6, vous parlez d'autres intervenants. Je ne vois pas pourquoi de telles opérations pourraient changer la liberté qui est fondamentale de la communication en France et l'esprit français.
Bernard Arnault00:45:03
Il y aurait de telles protestations, de telles... ça ne marcherait pas. Et donc, à l'inverse, si on crée beaucoup de réglementations complémentaires... Et la France est aussi un pays où, peut-être, dans les affaires en général, dans les entreprises, les réglementations augmentent, augmentent tous les ans et deviennent... On doit être un des champions des réglementations de tous ordres. Ça, ça n'est pas favorable à la prise d'initiative, au lancement d'entreprises. Donc je serais assez prudent — moi, je ne peux pas vous dire ce qu'il faut faire, mais je serais assez prudent — de rajouter encore une couche de réglementation complémentaire, parce que ça va freiner des initiatives. Je ne peux pas aller beaucoup plus loin, parce que vous dire quoi faire...
Bernard Arnault00:46:08
Ce n'est pas mon métier. Encore une fois, les médias, ce n'est pas ma spécialité. Ce que je pense, qu'il faudrait essayer de se mettre en situation de favoriser, s'il doit y avoir de nouveaux médias Internet, de favoriser leur apparition, leur création, leur développement à partir de France ou d'Europe. C'est quand même ce qui manque. Parce qu'aujourd'hui, moi, je vois mes enfants... ils ne lisent pas les journaux. Ils ne regardent pas la télé. Ils regardent leur écran. Donc l'âge des gens qui regardent la télé n'arrête pas d'augmenter. La publicité aujourd'hui, je le vois dans notre groupe, on a bougé complètement des médias traditionnels aux médias Internet. Et les sommes, maintenant, on fait plus de la moitié des investissements.
Bernard Arnault00:47:03
Et ça, ça a changé en 10 ans sur les médias Internet. Au détriment des magazines. Certains, d'ailleurs, sont au bord de la catastrophe économique. Donc... Avant de rajouter une nouvelle réglementation extrêmement contraignante, je ferai quand même un peu attention. Voilà.
Michel Laugier00:47:25
– Michel Laugier. – Merci M. le Président. M. Arnault, bonjour. C'est vrai que dans l'ambiance assez morose de la France, actuellement aggravée par la pandémie, ça fait plaisir de recevoir ici les personnes qui font rayonner la France de manière plus que positive dans le monde entier. Justement, cette commission d'enquête nous permet de recevoir beaucoup de grands noms de l'industrie française, donc Vincent Bolloré, Lagardère, Xavier Niel, Patrick Drahi, vous-même. Alors, je pense que vous l'avez un petit peu effleuré, mais j'aimerais connaître vraiment qu'est-ce qui attire selon vous les plus grands industriels dans les médias ? Ça, c'est ma première question. Ma deuxième question... Ça serait de... Vous avez parlé de changement d'usage.
Michel Laugier00:48:22
On ne l'est plus aujourd'hui de la même façon. Vous avez fait référence à vos enfants. On n'écoute plus la radio de la même façon. On ne regarde plus la télévision de la même façon. Donc est-ce qu'aujourd'hui, vous avez de nouvelles ambitions ? Le président Lafon vous a interrogé sur M6 et sur le Figaro, mais peut-être qu'il y a d'autres choses, parce que vous êtes limité à cette réponse-là. Mais est-ce qu'il y a d'autres ambitions vers d'autres médias ? Ça, c'est ma deuxième question. Et la troisième, puisque vous l'avez évoquée plusieurs fois, ce sont les grandes plateformes, vous avez dit planétaires, vous n'avez pas dit internationales, planétaires. Mais justement, est-ce que vous ne seriez pas intéressé pour créer une plateforme planétaire ?
Bernard Arnault00:49:11
Bon, alors qu'est-ce qui attire les investisseurs dans les médias ? Je pense que souvent, c'est des propositions, en tout cas en ce qui nous concerne, qui leur arrivent. On nous sollicite. On nous dit « Pourquoi vous ne voulez pas nous aider dans telle ou telle situation ? » C'est ce qui s'est passé. Vous l'avez rappelé, M. le Président, avec Arnaud Lagardère. C'est ce qui s'est passé récemment quand mon ami Claude Perdriel devait trouver quelqu'un qui achetait la participation minoritaire. C'est encore lui qui dirige complètement Challenges. La participation minoritaire détenue par Renault. Il préférait probablement que ce soit avec quelqu'un avec qui il a d'excellentes relations, une estime réciproque.
Bernard Arnault00:50:07
Chez nous, en tout cas, c'est un long processus. C'est un long processus et ça reste extrêmement petit par rapport à l'ensemble du groupe. Donc, c'est pas quelque chose... comme nos recherches d'entreprises dans le développement externe mondial. On a racheté, vous avez vu certainement l'année dernière, une entreprise américaine. Elle s'appelle Tiffany, qui est la première marque américaine, une des premières marques mondiales de joaillerie. Ça, c'est un très gros investissement. Et donc, moi, personnellement, je consacre beaucoup de temps à ces affaires-là. Et le groupe... beaucoup moins aux autres opportunités dans les médias. Alors, lesquelles on pourrait faire dans l'avenir, ça dépend de celles qu'on va nous proposer.
Bernard Arnault00:51:04
Pour l'instant, je ne peux pas vous répondre. Ah, pardon, vous m'entendez mal ? Excusez-moi. Oui, c'est le masque. Ça, c'est le masque. C'est le problème du masque. En plus, on m'a donné un masque spécial. J'ai l'impression qu'il est moins... Le son se transmet moins. Donc pour la suite, d'une manière générale, si vous voulez, on ne donne pas nos projets. Alors je sais bien qu'on est dans une assemblée tout à fait spéciale aujourd'hui, mais de même que devant mes actionnaires, je ne donne pas les projets. Voilà. Mais en tout cas, les deux que vous avez évoqués ne figurent pas dans la liste des projets. Alors démarrer une société, ce que je peux vous dire, c'est qu'on participe depuis longtemps dans toute une série de start-up.
Bernard Arnault00:52:03
Je ne sais pas si vous le savez, vous ne le savez peut-être pas, mais par exemple Netflix. En 2000, j'étais un des actionnaires de départ de Netflix. On avait pratiquement dans mon groupe familial près de 20 % de cette société. Et d'ailleurs, c'est très amusant, parce qu'à l'époque, le business model n'avait rien à voir. Ils envoyaient par la poste des petits DVD que vous louiez pendant un mois et que vous leur renvoyiez. Et le fondateur m'avait expliqué, mais maintenant, avec le développement de l'Internet et tout ça, on va faire de la vidéo à la demande, vous allez voir, ça va être le nouveau système. Et ça a marché. Bon, alors après... Moi, je ne peux pas faire ça. Je peux participer, aider, financer par mon groupe familial des créateurs qui doivent avoir la flamme et l'idée.
Bernard Arnault00:53:03
Parce que ce qui compte dans un lancement de start-up comme ça, à la fois l'idée et après c'est la mise en œuvre. C'est d'ailleurs, quand vous regardez Facebook, c'est d'ailleurs assez étonnant de voir qu'à l'époque où Zuckerberg a lancé Facebook, pas mal d'autres sociétés avaient la même idée et se sont lancées en même temps. Et la seule qui ait marché... Vraiment, c'est Facebook. Parce que l'exécution était parfaite. Donc dans les entreprises, c'est la même chose. Dans mes entreprises, il y a l'idée, il y a la créativité, il y a le créateur génial. Mais après, il faut exécuter. Et si l'exécution n'est pas là, ça a beaucoup moins de chances de fonctionner. Mais moi, ça m'intéresse beaucoup.
Bernard Arnault00:53:55
On regarde d'ailleurs des start-ups. On est actionnaire actuellement de la première, la plus grosse licorne française qui s'appelle Back Market et qui vend sur le... qui, sur le Net, des téléphones reconditionnés, qui ont plus un côté écologique. Non, mais ça, c'est passionnant. Moi, ça m'intéresse énormément. Mais je ne vous garantis pas de faire un Facebook français.
Senator 200:54:30
Toutes ces précisions, Monsieur Arnault, et pour votre investissement avec Back Market, c'est-à-dire une entreprise qu'on peut apprécier par sa volonté justement de travailler sur le recyclage. Mais là, ce ne sont pas mes questions. Je souhaitais rebondir sur deux questions qu'a posées David Assouline : celle concernant la transaction de votre groupe LVMH moyennant la condamnation pour espionnage sur le journal Fakir. Un constat, aucun des journaux dont vous êtes propriétaire, comme Les Échos, Le Parisien, n'ont relayé cette information. Peut-on considérer ceci comme une forme d'autocensure ou un non-événement ? C'est ma première question. Ma deuxième question, votre groupe Les Échos, Le Parisien, qui est aussi propriété de LVMH, a capté en 2019 24 % des aides directes à la presse.
Senator 200:55:19
Vous critiquez souvent l'intervention de l'État, le service public et les emplois publics. Néanmoins, votre groupe se taille la part du long, pourrait-on dire, dans les aides publiques sur la presse. N'y voyez pas une contradiction ? Telle est ma question.
Bernard Arnault00:55:37
Alors, concernant les aides, je crois que j'ai répondu. Si vous voulez, les aides, elles sont réparties en fonction de chaque titre, d'une certaine méthode. On peut critiquer ça. Bon, ce n'est pas à moi de régler le problème. Je ne suis pas... Quant au fait que les journaux du groupe n'ont pas cité l'accord transactionnel qui a été... C'est ça la question ? Ça, je n'en sais rien. Franchement, je ne sais pas. C'est quand même un non-événement en plus. Je ne sais pas. Il faut poser la question aux journalistes. Ça a dû être repris dans d'autres journaux. Je ne sais pas. En tout cas, je ne me suis pas occupé de ça. Je n'ai absolument pas de commentaires à faire là-dessus.
Committee President00:56:35
Evelyne Renaud-Garabénian.
Senator 300:56:38
Merci, M. le Président. M. Arnault, vous êtes à la tête du plus grand groupe industriel de luxe dans le monde que vous avez construit patiemment avec, comme tout capitaine d'industrie, une vision d'en arriver à terme à ce que vous souhaitiez. Vous avez bâti un empire de la culture française qui rayonne dans le monde. Je vous avoue que moi, j'en suis très fière. Malheureusement, en France, la réussite n'est pas toujours, ou je dirais même rarement, vue d'un bon œil, et encore moins admirée ou citée comme exemple. Notre commission aujourd'hui, elle porte sur les liens entre la concentration des médias et la démocratie. Moi, j'ai une question simple à vous poser. Est-ce que vous pensez que vous ne seriez pas attaqué de la même manière si vous n'aviez pas des activités dans les médias ?
Senator 300:57:35
Ou bien pensez-vous qu'il s'agit tout simplement d'un argument supplémentaire ? Merci de votre réponse.
Bernard Arnault00:57:42
– Non, je pense que je suis critiqué, malheureusement, en contrepartie de la réussite du groupe. Et les médias, au niveau de la réussite économique, encore une fois, ils y contribuent pour une somme négative. Donc la critique, malheureusement, elle n'est pas générale non plus, il ne faut pas exagérer, mais dans toute une série d'interventions de responsables politiques, vous en citiez un tout à l'heure, c'est pour eux presque mauvais de voir la réussite d'une entreprise française. Vous savez qu'aujourd'hui, LVMH, c'est la première entreprise européenne. À l'échelle mondiale, d'ailleurs, ce n'est pas non plus énorme. On est plus petit que les géants dont on parle, les Facebook et compagnie.
Bernard Arnault00:58:39
Mais c'est une réussite économique énorme, qui est en France, qui s'appuie sur la création d'emplois, qui s'appuie sur le développement de l'artisanat. On a un travail pour la formation des artisans français. On a un Institut des Métiers d'Excellence qui forme des milliers d'artisans pour essayer de conserver ces métiers en France. Tout ça, c'est extrêmement positif et c'est reconnu comme tel par une bonne partie de l'opinion. Mais c'est vrai que les critiques sont dérangées par les succès français, d'une certaine façon. Alors, est-ce que le fait d'avoir des médias augmente ou pas les critiques ? À mon avis, c'est un peu indifférent, je pense, vous voyez ?
Committee President00:59:36
Julien Bargeton, qui est derrière son écran. Julien Bargeton.
Julien Bargeton00:59:42
— Bonjour. Bonjour à toutes et à tous. Julien Bargeton, sénateur de Paris. Merci, M. Arnault, de votre présence. Félicitations pour la Fondation et les très belles expositions qu'elle organise. Ça a été un plus énorme pour la capitale de la France. Alors, en octobre dernier, la Société des journalistes des Échos a demandé au directeur de la rédaction à ce que la mention propriétaire des Échos soit systématiquement apposée quand sont cités votre groupe LVMH, sa holding ou ses filiales. Ces règles qui proviennent d'une charte éthique adoptée il y a une dizaine d'années manquent parfois de lisibilité. Que pensez-vous de ce type de charte ? Que fait votre groupe pour les rendre plus lisibles ? Trouvez-vous normal qu'on indique à chaque fois vos fonctions lorsque vous êtes cité dans un article ?
Julien Bargeton01:00:30
Et de même pour Le Parisien que vous possédez depuis 2015, qui ne s'est pas lui doté de telle charte, est-ce que vous pensez qu'il serait plus simple, plus lisible, à chaque fois que vous êtes mentionné, pour éviter les débats qui ont été cités dans cette commission, que tout simplement on rappelle que vous êtes propriétaire de tel ou tel journal au moment où vous êtes cité. C'est fait parfois pour certains propriétaires, dans certains journaux, mais pas systématiquement. Que pensez-vous de ce sujet ? Merci beaucoup.
Bernard Arnault01:01:06
Surtout, Monsieur le sénateur, que c'est appliqué même au Parisien. Et que même aujourd'hui dans Le Parisien, quand on parle du groupe LVMH, ou de moi, ou des projets, il y a toujours une mention propriétaire du Parisien. Je n'ai pas d'exemple en tête où ça n'ait pas été fait. Donc je suis d'accord avec ça, je trouve ça normal, et je pense que c'est fait.
Committee President01:01:37
Sylvie Robert.
Senator 101:01:40
– Oui, merci M. le Président, bonjour M. Arnault. Alors je vais continuer sur ces phénomènes de concentration qui ne sont pas nouveaux, ce n'est pas depuis hier, c'est depuis avant-hier, mais effectivement si cette commission d'enquête s'est mise en place, c'est que ce sont des phénomènes qui prennent de l'ampleur et qui peuvent à un moment interroger sur la question, mes collègues l'ont dit, du pluralisme ou de la démocratie. On a vu dans déjà beaucoup d'auditions que nous avons effectuées des motivations qui sont des motivations d'ordre économique, très clairement, d'autres des motivations d'ordre peut-être idéologique, voire politique, où vous avez dit : « Moi, ce qui était important par rapport aux valeurs du groupe, c'est de pouvoir répondre aux propositions que l'on m'a faites pour sauver, je le dis sauver, je ne sais pas s'il faut employer ce terme, les fleurons de notre culture, on va dire française. »
Senator 101:02:41
Et parallèlement, et c'est un sujet très important dans ce contexte, l'évolution des usages, des grandes plateformes, fait qu'à un moment, on s'interroge sur ce qui va se passer demain. Et je voudrais du coup vous poser deux questions très simples. Est-ce que, et vous l'avez dit dans votre audition, je ne vous demande pas un avis tout de suite sur la question de la fusion TF1-M6, mais vous avez dit : « Je pense qu'ils ont raison. » Ça m'amène à vous poser une question. Vous pensez qu'aujourd'hui, il faut encore plus se concentrer pour pouvoir, parce que c'est quand même ça, être en capacité de lutter, ou en tout cas, par rapport à ces grandes plateformes numériques ? Est-ce qu'on en a encore les capacités ?
Senator 101:03:34
Ou parce que c'est une des motivations qui est énoncée, c'est-à-dire que face à ce contexte-là, il faut devenir de plus en plus gros. Et du coup, est-ce qu'aujourd'hui, vous ne pensez pas que ça a du sens ? Et du coup, ma deuxième question, est-ce qu'au contraire, parce que ces phénomènes interrogent, questionnent sur ces questions de pluralisme, il ne faudrait pas peut-être inventer un autre modèle qui permettrait justement, parce qu'on a toujours été attaché à la question de la diversité dans notre pays, on le voit dans d'autres domaines d'ailleurs, je pense à la musique par exemple, est-ce qu'il ne faudrait pas, au contraire, et là, du coup, en tant que législateur, c'est important pour nous de vous entendre, inventer un autre modèle qui permettrait non pas de concentrer, mais de travailler sur des seuils, de travailler sur des garanties qui existent déjà, mais d'aller au-delà pour pouvoir, ou alors des participations qui soient un peu différentes ?
Senator 101:04:35
En fait, le modèle économique de la presse aujourd'hui, qui permettrait de donner une valeur ajoutée à ce contexte qui, vous l'avez dit, n'est ni français, ni européen, mais américain, voire même… et sur lequel on a quand même du mal aujourd'hui à lutter. Merci.
Bernard Arnault01:04:51
– Écoutez, moi je pense qu'effectivement, le problème de la télévision, c'est l'apparition d'une concurrence internationale, on disait planétaire, de toutes ces créations relativement récentes, YouTube, Netflix, etc., qui exercent une concurrence très forte par rapport à la télévision classique. Quel est l'inconvénient d'une concentration et quel est son avantage ? L'inconvénient que vous envisagez, j'imagine, c'est au niveau de la communication de tout ce qui concerne les journaux télévisés, etc., qui seraient regroupés ? Il faut savoir quand même qu'aujourd'hui, je ne suis pas là pour défendre TF1, je n'ai absolument pas parlé aux gens de TF1, mais c'est TF1, sur ce plan-là, même si le niveau d'âge de leurs téléspectateurs augmente régulièrement, ils sont quand même en tête très, très nettement.
Bernard Arnault01:06:19
Et je crois que M6, sur la partie communication, ils ne sont pas extraordinairement forts. Donc, l'union faisant la force en matière économique pour lutter contre ces nouvelles plateformes, je pense qu'ils sont mieux de réunir leurs efforts plutôt que d'avoir deux entités séparées. Et la télévision aujourd'hui, ce qui intéresse le plus, me semble-t-il, quand même, c'est le sport et les films. Et pour faire ça, il faut des moyens de plus en plus gros. Justement, parce que Amazon... Est-ce qu'on veut laisser Amazon diffuser de manière exclusive les matchs de foot français ? Je ne sais pas, peut-être. Est-ce que la Formule 1, qui en reprend de l'intérêt, doit être diffusée en dehors de... en France, en dehors des chaînes françaises ?
Bernard Arnault01:07:27
Donc, plus... un groupe télévision a les moyens d'investir, plus il a les moyens de faire face à cette concurrence-là. Je raisonne comme ça, sans connaître vraiment le sujet. Je ne me suis jamais intéressé tellement à la télévision. Je vous l'ai dit tout à l'heure, M6, je n'ai pas regardé le dossier. Mais c'est un réflexe d'entrepreneur. Et les craintes que vous avez... Il y a quand même de moins en moins de jeunes, moi je vois mes enfants, qui sont ici aujourd'hui, ils ne regardent pas le journal télévisé. Et donc, d'ici 25 ans, qui va regarder le journal télévisé ? Je ne sais pas. Donc, tout ça, il ne faut pas non plus... se laisser trop marquer par un syndrome de problèmes qui a trait, et là vous avez raison, à la démocratie, mais la démocratie en France quand même, on est un pays de grande liberté d'expression, me semble-t-il.
Bernard Fialaire01:08:44
Bernard Fialaire ? Merci, M. Arnault, pour vos explications. Donc vous comprenez que nous nous interrogeons sur le problème de la concentration des médias avec le risque qui est en cours pour la pluralité de l'information. Et la deuxième chose, c'est pour la défense et permettre la poursuite de la liberté de création en France et du rayonnement de la culture française. Alors vous, vous nous dites intervenir un peu par mécénat. On dit que c'est un domaine des médias qui peut être profitable ? Mais pour gagner des parts de marché, pour conquérir le monde, est-ce qu'on peut continuer à défendre et à faire vivre une culture française ? Ou bien au contraire, pour répondre aux demandes d'une clientèle, s'internationaliser et finalement diluer notre culture dans une culture mondialisée ?
Bernard Fialaire01:09:48
Vous qui connaissez bien ça avec le luxe, est-ce que vous pensez que la culture française peut résister à cette dilution dans des groupes qui pourraient rivaliser avec les gros groupes mondiaux ? Ou au contraire, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour qu'on puisse garder ? C'est-à-dire, est-ce que simplement, ça doit passer par du mécénat pour continuer à faire vivre notre culture et nos particularités françaises et européennes ?
Bernard Arnault01:10:22
La culture française, il est évident qu'il faut que les médias français participent à son développement et d'ailleurs, je crois que c'est le cas aujourd'hui. Canal+, par exemple, finance énormément de films français, et que toute cette activité-là contribue au développement de la culture française. Maintenant, c'est aussi difficile de faire face au succès énorme des films américains qu'on voit partout, et on ne peut pas les interdire. On ne peut pas faire comme certains pays qui limitent la production à leur propre... création. Donc il y a également une question de concurrence des créations. Dans nos métiers, c'est la même chose : on promeut mondialement des marques françaises qui ont un appel extraordinaire sur la clientèle internationale, aux États-Unis, en Chine, au Japon, mais quelquefois, elles sont créées par des créateurs qui travaillent avec nous et qui ne sont pas forcément français.
Bernard Arnault01:11:40
La créatrice de Christian Dior actuellement est une Italienne. Mais elle défend de manière formidable la marque Christian Dior et arrive à lui faire atteindre un degré de désirabilité dans le monde exceptionnel. Il y a une dizaine d'années, un autre créateur chez Dior, qui était aussi non-français, qui était un Anglais, qui s'appelait John Galliano, qui lui aussi avait apporté un souffle créatif formidable. Donc, la culture française... Elle est restée. Et Dior, c'est une marque française. Donc s'il faut y arriver, arriver à faire ça maintenant, au niveau de la culture pure, littéraire ou cinématographique, c'est probablement plus difficile à cause de la langue. Et d'ailleurs, en Europe, il faudrait essayer de développer un peu l'usage de la langue française, qui devait être la langue normalement utilisée à Bruxelles.
Bernard Arnault01:12:50
Et maintenant, tout se passe en anglais, alors que les Anglais sont sortis. Moi, ça, c'est un autre sujet.
Senator 601:13:00
– Oui, bonjour M. Arnault. D'abord une remarque préalable à l'adresse de mes collègues, parce que ça s'est déjà dit hier, quand on a reçu M. Bolloré, il n'y a pas les Français qui aiment la réussite française et ceux qui ne l'aiment pas. Moi, je ne croise pas tous les matins des Français qui n'aiment pas la réussite française. Bon, peut-être qu'il y en a beaucoup, vous en croisez beaucoup, mais personnellement, je n'en croise pas beaucoup de ce type-là. Par contre, c'est vrai qu'en France, il y a une passion de l'égalité, et que quand des gens gagnent énormément d'argent et que d'autres ont du mal à vivre, il y a une attention française à cette question. Il y a des gens qui peuvent aimer la réussite française et penser que ça ne se résume pas au CAC 40, qui peuvent aimer la réussite française et penser que M. Arnault devrait payer l'impôt de solidarité sur la fortune.
Senator 601:13:50
Tout ça n'est pas contradictoire.
Committee President01:13:52
– Mais ce n'est pas non plus la question de la Commission d'enquête.
Senator 601:13:55
– Non, mais puisque ça fait plusieurs fois qu'on entend ces remarques et que notre audition est retransmise, ce n'est pas inutile quand même de mettre les points sur les i sur cette question. Une remarque aussi préalable : vous avez à plusieurs reprises, ça a été abordé, balayé d'un revers de main la question de la condamnation, enfin pas de la condamnation, de la convention judiciaire que vous avez signée avec la justice. On peut quand même s'étonner, puisque vous avez l'air sûr de vous sur l'innocence de votre groupe, de payer quand même 10 millions d'euros pour éteindre une procédure judiciaire. 10 millions d'euros, c'est quand même beaucoup d'argent. Évidemment, on n'a pas, vous et moi, exactement le même rapport à ce que représentent 10 millions d'euros, mais c'est quand même beaucoup d'argent.
Senator 601:14:45
Donc si vous étiez si sûr de vous, pourquoi avoir accepté l'extinction de cette procédure judiciaire ? On peut quand même s'en étonner. Ensuite, je voudrais venir sur la question de la concentration. Le problème, M. Arnault, c'est que vous n'êtes pas seul à être propriétaire de grands journaux. Et finalement, vous êtes très peu nombreux aujourd'hui. Vous, M. Bolloré, M. Drahi, M. Niel. Donc en fait, quelques grandes fortunes, quand on fait le compte, possèdent l'essentiel aujourd'hui du paysage médiatique français. Et c'est là qu'il y a un sujet qui nous amène à débattre de la question de la concentration. Donc en fait, les règles dans ce monde-là se font avec une influence importante de ces propriétaires-là.
Senator 601:15:38
Vous ne pouvez pas dire, par exemple, qu'on balaie comme ça la question des aides à la presse. Parce que quand on discute de savoir s'il faut réformer les aides à la presse, les journaux que vous possédez donnent leur avis sur cette question. Et si tous les journaux possédés par ces grands groupes donnent le même avis, c'est-à-dire il ne faut pas réformer les aides à la presse, elles ne sont pas réformées. Or, aujourd'hui, elles sont profondément inégalitaires. Et on pourrait effectivement imaginer d'autres règles. D'ailleurs, il y a d'autres règles qui ont existé. Par exemple, on a créé à une époque une aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires. Elle est aujourd'hui très faible. Alors qu'on sait que la publicité est une arme économique très importante pour l'existence ou la non-existence des journaux.
Senator 601:16:24
Donc oui, vous avez un avis sur ces questions-là. Vous avez un avis à travers les titres que vous possédez aujourd'hui et vous avez de l'influence à travers les titres que vous possédez sur la question des aides à la presse, sur la question de faut-il ou non renforcer les lois anti-concentration ? Faut-il ou non réformer la répartition de la publicité qui fait vivre ou fait mourir des titres de presse aujourd'hui ? Donc vous êtes un acteur de cette question. Vous ne pouvez pas juste dire... Parce qu'on vous voit défiler les uns après les autres. Vous vous dites : « Moi, je suis un tout petit acteur de ça. » M. Bolloré nous a dit hier : « Vraiment tout petit, petit. » Vous êtes tous tout petits. Mais le problème, c'est qu'au total, vous êtes 4 ou 5 à tout posséder.
Senator 601:17:09
Donc vous ne pouvez pas dire que les décisions qui sont prises dans ce secteur, vous n'y êtes pour rien. Donc effectivement, nous nous pensons – enfin nous sommes un certain nombre à penser – qu'il faudrait sûrement se pencher sur les règles actuelles, parce que nous voyons le paysage se rétrécir, le paysage démocratique se rétrécir. Et ça n'est pas le fait de mettre en cause les titres que vous possédez, mais au total, le paysage se rétrécit, le nombre de titres se rétrécit, les questions de pluralisme sont sans cesse posées. Et, de très loin, la confiance des citoyens s'érode. Donc il faut changer des règles. Et vous ne pouvez pas juste nous dire : « Faites confiance à quelques grands champions »
Senator 601:17:48
qui vont résoudre tous les problèmes. Effectivement, le mécénat, comme vous avez dit, ne suffira pas à faire vivre durablement le pluralisme de la presse. Voilà ce qui nous préoccupe ici.
Committee President01:17:58⚠ 0.45
– Si vous voulez réagir ou pas.
Bernard Arnault01:18:04
– Bon, M. Laurent a posé plusieurs questions, très brièvement. Sur... Il a dit : « Vous avez beaucoup d'argent, vous êtes fortuné », etc. Quand même, vous signaler et vous faire remarquer que l'essentiel de ce qui est recouvert par ce terme, ce sont les actions du groupe LVMH. Et comme ce groupe, grâce à tous ses employés, ses 175 000 employés, dont plus de 40 000 en France, dont entre 5 000 et 10 000 recrutés tous les ans, avec 100 sites industriels – vous savez que vous êtes attentifs à ça –, 100 sites de manufacture artisanale en France, 500 sous-traitants... Grâce à la réussite de toutes ces équipes, qui travaillent depuis 40 ans, ces actions ont beaucoup monté. Mais ce n'est pas sur mon compte en banque.
Bernard Arnault01:19:01
C'est des actions qui servent à l'outil industriel. Donc il ne faut pas confondre. Celui qui a gagné au loto et qui peut aller dépenser, il y a un industriel comme moi qui a des actions qui valent cher. C'est vrai, le total vaut cher. Mais elles sont là. Elles sont inamovibles. Je ne peux pas les utiliser pour... Mes dépenses personnelles, elles font partie de l'actif industriel de la France et probablement la plus belle entreprise de notre pays et qui d'ailleurs fait la fierté de ses employés. Vous qui êtes... attachée aux ouvriers, etc. Vous savez très bien qu'une employée qui rentre chez Vuitton, pour elle, c'est formidable. Elle a un salaire supérieur à ceux qui sont payés dans son environnement.
Bernard Arnault01:19:53
Elle a un travail tout à fait intéressant et c'est vraiment extraordinairement valorisant. Et d'ailleurs, on construit des ateliers régulièrement. Donc, vous pouvez vous dire, quand vous avez ce terme « richesse », oui, d'accord, ça vaut de l'argent. Mais c'est un outil industriel. Ce n'est pas de l'argent sur un compte en banque. Alors, les 10 millions qu'on a payés, d'abord, je l'ai rappelé tout à l'heure, ça, c'est une demande qui nous a été faite par la justice. Alors pourquoi on a accepté ? Nous avons été, dans le papier qui a été signé, reconnus non coupables. Mais si on ne faisait pas ça, on était embarqués dans un procès par ricochet. M. Ruffin, tous ces gens-là se seraient amusés à nous mettre dans ce procès, qu'on aurait probablement... on en serait sortis.
Bernard Arnault01:20:59⚠ 0.50
Attendez, laissez-moi terminer.
Senator 601:21:01
– Il n'y aura pas de jugement, vous avez éteint la procédure judiciaire.
Bernard Arnault01:21:04
– Non mais attendez, laissez-moi vous expliquer la logique. Ce procès aurait duré plusieurs années, pendant plusieurs années, le nom du groupe... aurait été mêlé à une histoire, je ne sais pas exactement laquelle, qui, elle, continue, de procédure. Et on a effectivement préféré éviter ça, éviter d'avoir le nom du groupe traîné dans la procédure judiciaire pendant plusieurs années, alors qu'on n'avait rien à se reprocher, et on a accepté, à la demande du juge, de payer cette somme. Voilà. Et, qui est ce qu'elle est, qui, à l'échelle du groupe, était abordable. Et c'est tout. C'est pour éviter de, en quelque sorte, abîmer un petit peu l'image du groupe dans un procès. Bon, alors après, sur la concentration et tout ça, c'est vrai que
Bernard Arnault01:22:03
On peut en discuter, concentration. Moi, je pense que les actionnaires, aujourd'hui, ils sont très utiles à l'avenir des médias dont ils sont propriétaires, en particulier nos médias. Qu'est-ce qu'on essaye de faire ? Je pense que Pierre Louette a dû vous l'expliquer quand vous l'avez auditionné. On essaye de les transformer dans le monde numérique pour justement arriver à concurrencer cette concurrence énorme des médias américains. Et pour faire ça, ça nécessite beaucoup de moyens. Et on arrive petit à petit, quand on est arrivé au quotidien Le Parisien, il n'y avait quasiment pas d'abonnés numériques. Aujourd'hui, on a près de 40 000 abonnés. Et ça augmente très vite. Et c'est ça qu'il faut développer.
Bernard Arnault01:23:03
Mais ça, ça coûte beaucoup d'argent. Et les abonnés numériques, comme vous le savez, ça rapporte beaucoup moins que ceux qui achètent le journal en papier.
Senator 401:23:12
Vincent Capo-Canellas. Merci, M. le Président. Merci, M. Arnault, de votre éclairage. Je voudrais d'abord rappeler que l'objet de la commission — dans laquelle, je l'ai sous les yeux — c'est de mettre en lumière les processus ayant permis ou pouvant aboutir à une concentration dans les médias en France et d'évaluer l'impact de cette concentration sur la démocratie. Je le dis parce qu'on a abordé de-ci de-là un certain nombre de questions, de procédures qui, semble-t-il, sont closes et qui me semblent un peu étrangères à l'objet qui est celui de votre présence. Je dois rappeler qu'on est nombreux à être conscients que nous avons besoin d'investisseurs et que nous avons besoin de capitaines d'industrie.
Senator 401:23:50
Je crois que votre groupe fait rayonner la France. Alors ceci posé, dans les médias particulièrement, il y a le sujet qui est celui de la commission d'enquête, c'est-à-dire la concentration... dont on nous dit depuis lundi, puisqu'on a eu un professeur d'université, on a eu un de vos collègues investisseurs, on comprend que la concentration est effectivement un sujet qui peut avoir une utilité, notamment pour résister face aux géants d'Internet et pour promouvoir les valeurs démocratiques françaises à l'étranger. Alors, comment on règle ça ? Parce qu'en France, on a un peu peur de la concentration. Et tout le monde nous dit, effectivement, si vous regardez, on n'est pas très gros. Bon. Mais est-ce qu'il n'y a pas une amélioration à conduire pour faire que, certes, il y ait de la concentration, mais que sur la question des rédactions, l'indépendance, etc., est-ce qu'on ne peut pas apporter une pierre qui donne une garantie ?
Senator 401:24:45
Ça, c'est un peu la première question. Et deuxième question. Tout à l'heure, vous avez un peu esquissé le sujet. Comment vous voyez la capacité collective de la France à résister face aux géants d'Internet ? Qu'est-ce qui nous manque ?
Bernard Arnault01:25:01
– Sur la première partie, comment faire ? C'est difficile, moi je ne suis pas législateur, j'ai du mal. Ce que je pense, c'est que chaque journal, chaque média a quand même une ligne. Et cette ligne, il faut quelque part... Par exemple, Les Échos. Les Échos, c'est un journal économique qui est... défenseur ou un illustrateur de l'économie de marché, et en tant qu'actionnaire, c'est une ligne à laquelle on a adhéré. Après, ce sont les rédactions qui la mettent en œuvre. Le Parisien, c'est un journal, je dirais, populaire, plutôt général, qui est globalement un journal de nature assez centriste, mais assez œcuménique, dans lequel les lecteurs s'intéressent essentiellement, il faut quand même le savoir, au sport et aux faits divers.
Bernard Arnault01:26:25
D'ailleurs, leur partie faits divers est très bien faite. Je ne sais pas si vous avez lu récemment les articles sur les différents assassinats, tous les procès. C'est très, très bien fait. Ce que je veux dire par là, c'est qu'en tant qu'actionnaire... Moi, ça, ça me va très bien. Après, le journal est responsable. Ce qu'il faut éviter, c'est qu'il se mette dans une situation où l'actionnaire se trouve, parce que, je ne sais pas, les nouvelles réglementations éventuelles sont trop... compliquées ou trop strictes, se mette dans la situation où la ligne... Et par exemple, si demain, on se trouvait avec un Parisien qui devient un journal sur un extrême ou sur un autre, il faut que l'actionnaire puisse réagir quand même.
Bernard Arnault01:27:31
Je n'ai pas envie d'avoir un journal qui devienne... de financer un journal qui devienne... le support de l'extrême droite ou de l'extrême gauche. Et s'il y a une indépendance absolue, totale, on ne sait jamais. Donc il faut quand même qu'on puisse réagir à un moment ou à un autre. De même si, je prends un exemple stupide, mais si Les Échos demain devaient défendre l'économie marxiste, qui plaît peut-être à M. Laurent, on ne sait rien, mais bon... Je serais quand même extrêmement gêné. Bon, vous voyez, il faut quand même qu'il y ait des garde-fous. Je ne dis pas qu'il ne faut rien changer, mais je pense qu'il y a quand même des garde-fous. Pardon, excusez-moi. Oui, je suis... Vous m'avez entendu ?
Bernard Arnault01:28:24
– On vous a bien entendu. – Excusez-moi. Oui, oui, c'est ce masque, c'était... Oui, oui, non, oui. Bon, enfin voilà. Et alors, la deuxième question, c'était sur le... Comment faire ?
Senator 501:28:36⚠ 0.19
Par rapport aux géants d'Internet, comment résister ?
Senator 401:28:39⚠ 0.28
Qu'est-ce qui nous manque à la France ?
Bernard Arnault01:28:41
Les géants d'Internet, pour l'instant, je pense que la seule façon de résister, c'est justement de renforcer ceux qui peuvent le faire, c'est-à-dire d'augmenter la présence Internet de tous ces médias. Et que les Français investissent dans les start-ups en espérant que la prochaine vague, on y soit vraiment associés. Parce qu'on a raté la précédente. Là, il y en a une nouvelle avec le métavers et les NFT. Là, vous avez suivi ça, bien sûr. Bon, essayons d'être là-dedans.
Committee President01:29:18
– Dans votre intervention à l'instant, vous avez fait une référence à un actionnaire qui se trouverait dans une situation où la ligne éditoriale d'un média changerait. Je ne sais pas si vous faisiez référence à un média en particulier, j'ai bien compris que ce n'était pas ceux que vous contrôlez, mais cette remarque est parfois faite sur CNews, à propos de CNews, le fait qu'il y ait eu un changement de ligne éditoriale avec une orientation… politique plus marquée. Je n'ai pas à commenter l'orientation de CNews, mais est-ce que si ce cas de figure se révélait, c'est-à-dire que quelqu'un qui utilise en fait un média pour faire passer des lignes politiques extrêmes, est-ce que vous comprendriez que le régulateur intervienne de manière plus marquée qu'il ne le fait jusqu'à présent ?
Bernard Arnault01:30:10
Je pense qu'il faut faire tout ça avec une grande prudence. Parce que ça peut aller dans un sens ou dans un autre et se révéler aussi contre-productif. Il faut faire attention. Moi, je vais vous donner un exemple théorique de ce qui pourrait arriver. Dans le sens, il faut quand même que l'actionnaire puisse réagir, que l'actionnaire ne soit pas mis pieds et poings liés avec une rédaction qui, d'un seul coup, pour des raisons diverses, se met à complètement diverger et sans pouvoir rien dire. Vous voyez ? C'est quand même... Si demain, je ne vais pas faire ça, mais je finançais moi un journal, je lançais moi-même un journal en étant à la tête du journal. Bon, là, c'est autre chose. Je ferais des choses.
Bernard Arnault01:30:56
Mais là, la direction est complètement donnée de manière indépendante à une équipe. C'est le cas actuellement. Pierre Louette, il gère tout ça. Moi, rarement, il a dû vous le dire, très rarement.
Committee President01:31:14
Dernière question du rapporteur.
Rapporteur01:31:20
– Oui, beaucoup de choses ont été dites, échangées sur le fond. C'est aussi l'occasion d'avoir des échanges avec des industriels sur l'économie d'un secteur. Donc le débat, franchement, ce n'est pas de considérer que, parce que l'on pose des questions, qu'on exerce un droit aussi de critique, cela veut dire que l'on essaye de dévaloriser ou de critiquer de façon systémique, on va dire, une réussite française. Je suis très, très fier quand des sociétés, des innovations, des créations, des sportifs, des artistes français rayonnent dans le monde. Et quand je me promène dans le monde, je suis très heureux qu'on me dise du bien de telle ou telle chose que l'on fait, plutôt que l'inverse. Et d'ailleurs, il faut arrêter aussi la petite musique
Rapporteur01:32:26
qu'il n'y a qu'en France qu'on critique comme ça. Ailleurs, ils sont très fiers d'eux. Il y a des gens qui critiquent aux États-Unis leurs fleurons toute la journée. C'est le propre des démocraties. Et les seuls endroits où on ne critique pas, d'ailleurs, les puissants du pays, on va dire, qu'ils soient économiques ou politiques, c'est dans les dictatures ou dans les régimes très autoritaires. Donc, voilà, il n'y a pas de… En tous les cas, nous, ici, on est plutôt dans une réflexion ouverte sur comment réussir à faire qu'il puisse y avoir un secteur de l'audiovisuel, de la presse, même de la création, puisque l'audiovisuel touche pas seulement à l'information, qui puisse être puissant dans un monde très dur de concurrence, notamment avec le numérique qui est arrivé et les plateformes.
Rapporteur01:33:19
tout en gardant justement ce qui est une force et une fierté française, un système démocratique d'une presse très diverse, d'un audiovisuel avec une régulation qui justement faisait qu'on essaie de faire vivre dans ce qui est nos principes constitutionnels, la liberté, l'indépendance, et le pluralisme des médias. Donc c'est vraiment là-dessus qu'on travaille, c'est comment concilier et faire en sorte que dans un univers où la tendance est à la concentration parce qu'il y a les géants du net, eh bien on n'écrase pas cette diversité, ce pluralisme qui passe par du foisonnement, par des petites entités aussi qui doivent pouvoir vivre, par des niches, etc., et pas par des monopoles qui étaient l'ancien système de l'ORTF.
Rapporteur01:34:18
Donc voilà, cette mise au point. Ensuite, une deuxième remarque et une question. Je suis très étonné de ce que vous nous avez répondu à M. Pierre Laurent et à moi-même. Voilà, on laissera juger les uns les autres, mais quand même, une commission d'enquête, c'est important ce que l'on peut y dire. Je lis le compte-rendu du Monde, alors peut-être s'il y avait eu un démenti de votre part, je comprendrais, mais qui dit, cette enquête a notamment mis en lumière la surveillance, etc. Et puis dit... Textuellement, le groupe de Bernard Arnault reconnaît ainsi les faits et accepte de régler au Trésor public une amende de 10 millions d'euros contre l'extinction de l'action. Bon, donc vous avez dit absolument l'inverse.
Rapporteur01:35:14
Bon, vous maintenez cet inverse.
Committee President01:35:18⚠ 0.30
Pardon. Le micro, M. Arnault, parce que sinon on ne va pas vous entendre. Voilà, merci.
Bernard Arnault01:35:24
– Oui, c'est la deuxième erreur de ce journal que l'on a noté aujourd'hui. C'est faux. On n'a absolument pas reconnu de culpabilité dans cette chose-là. Mais lisez le document juridique.
Rapporteur01:35:37
– Je n'ai pas dit culpabilité et moi je ne dis rien d'ailleurs parce que je n'ai pas enquêté. C'est le journal qui dit « reconnaît ainsi les faits ». Voilà, on reconnaît ainsi les faits. Et d'ailleurs, ensuite, tout le reste, y compris des déclarations de vos représentants à l'audience, vont dans ce sens de dire que, y compris, le ménage a été fait dans la maison, ce sont des faits anciens, et c'est pour ça que les faits sont anciens. – Oui, c'est bien ça.
Bernard Arnault01:36:05
Il n'y a aucune culpabilité du groupe LVMH. Et c'est la raison pour laquelle on a signé ce document à la demande de la justice.
Rapporteur01:36:15
Ensuite, ma question, elle est la suivante, qui est pour une précision, parce que je l'ai posée de façon peut-être un peu... Vous avez dit, en gros, que vous êtes rentré dans le secteur de la presse à des moments où des titres étaient en difficulté et qu'on vous le demandait. Je pense qu'au printemps dernier, c'est vous qui avez fait une promesse de rachat, une proposition de rachat pour le JDD et pour Paris Match. Vous me confirmez ce point ? Pareil, nous on est dans la presse, donc on a l'occasion de vous poser les questions directement.
Bernard Arnault01:37:08
– Alors qu'il y avait une négociation avec M. Bolloré, M. Lagardère. – Mes équipes ont probablement examiné différentes choses, mais on n'a jamais fait de proposition, non.
Rapporteur01:37:24
– Même précisément, on dit que vous avez fait une proposition d'offre de 80 millions. Donc ça, vous ne confirmez pas ? – Non. – Très bien. – Plus de questions ? – Plus de questions.
Committee President01:37:37
– Merci, Messieurs Arnault, d'avoir répondu à nos questions.